La politique énergétique future
Guillaume Soupart a interrogé la ministre sur les sources d’énergie nécessaires à la Belgique à l’horizon 2050, en rappelant les scénarios du Bureau fédéral du Plan et la hausse attendue de la demande d’électricité, tout en insistant sur un mix décarboné qui n’alourdisse pas la facture des ménages et des entreprises wallons. Cécile Neven a répondu que l’étude concernait surtout des compétences fédérales, notamment le nucléaire et l’offshore, tandis que la Région doit surtout définir et structurer son mix renouvelable, en recherchant un équilibre entre décarbonation, sécurité d’approvisionnement et coût pour le consommateur. Elle a évoqué une refonte de la politique énergétique wallonne autour de la réobjectivation du mix renouvelable, d’une stratégie de soutien maîtrisant le coût des certificats verts, et du renforcement des réseaux, de la flexibilité, de la sécurité des infrastructures et de la finançabilité des investissements.
Débat · 3 interventions
Madame la Ministre, quelles sont les sources d’énergie qui seront nécessaires pour la Belgique à l’avenir ? C’est la question que s’est posée le Bureau fédéral du Plan. On le sait, l’objectif est d’atteindre, en 2050, une énergie sans carbone, mais il faut toujours garder à l’esprit que ce changement de société ne doit pas se coupler avec une augmentation de la facture pour les Wallonnes et les Wallons. Le Bureau fédéral du Plan a estimé les besoins en électricité, qui devraient passer de 88 térawattheures en 2020 à 202 térawattheures en 2050. C’est donc plus du double. Ils ont étudié trois scenarii différents, en réfléchissant sur le maintien ou pas du nucléaire, sur le développement des éoliennes, notamment en mer, et sur le développement du photovoltaïque. Finalement, on se rend compte que c’est le troisième scénario qui paraît le plus utile pour les Belges, celui du maintien du nucléaire, mais tout en développant le renouvelable. Madame la Ministre, comment préparez-vous la Wallonie pour ce grand changement? Quelles sont les relations que vous entretenez avec le pouvoir fédéral et l’Union européenne pour que les Wallonnes et les Wallons puissent avoir une énergie qui est à la fois décarbonée, peu chère et sûre en matière d’approvisionnement?
Agressivité 36%Monsieur le Député, il est vrai que les questions de transition et de décarbonation sont absolument cruciales. On sait tous que l’énergie est un élément stratégique pour l’attractivité du territoire. Cela dit, l’étude que vous mentionnez traite quand même assez bien de la question de l’offshore et du nucléaire, qui sont des compétences fédérales. Vous savez que les compétences régionales en matière d’énergie ont essentiellement trait au mix renouvelable, qu’il s’agit d’objectiver et de construire pour venir nourrir la sécurité d’approvisionnement, qui est une compétence fédérale, avec le nucléaire, bien entendu. Ce que j’envisage, c’est une refonte de la politique énergétique sur le territoire: - d’abord en réobjectivant le mix renouvelable, tous vecteurs confondus, optimal sur le territoire; - ensuite, en travaillant une stratégie de redéploiement de ce renouvelable couplé à une stratégie de soutien. En effet, tout soutien à une filière de production d’électricité sous forme de certificats verts est payé par le consommateur, que ce soit les entreprises ou les citoyens. Cela reste intégralement payé par le consommateur. Nous devons juguler le coût de l’énergie aussi, comme vous l’avez dit; - enfin, en travaillant à la structuration des outils régionaux pour implémenter cette politique énergétique. De nombreux défis se posent. Il y a le défi de la mise à niveau des réseaux. Il y a le défi des mécanismes de flexibilité, sur lesquels j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer en ce Parlement. Il y a le défi de la sécurité physique et cyber des infrastructures critiques. Il y a la question de la finançabilité des investissements. Nous travaillons sur l’ensemble de ces défis pour refonder la politique énergétique. On connaît des défis qui ne sont pas de compétence régionale, qui sont de compétence belge ou européenne, comme les questions géopolitiques ou les questions de coût des matériaux. La Wallonie participe à ces discussions.
Agressivité 99%Constructivité 96%Factuel 98%Émotionnel 100%Je vous remercie, Madame la Ministre. Au final, il y a encore pas mal de boulot qui vous attend. Je sais que vous y êtes très attentive. Pour le MR, il est important d’avoir un mix énergétique qui permet d’être le plus décarboné possible, mais il faut aussi et surtout penser à la facture des Wallonnes et des Wallons, qui ne doit pas augmenter par rapport à ces choix stratégiques. Il me semble aussi très important de travailler à une stratégie pour l’indépendance énergétique du pays. Dès lors, je vous remercie pour les mesures que vous prenez en collaboration avec le Fédéral pour travailler sur la matière.
Agressivité 64%Constructivité 67%Factuel 44%Émotionnel 66%
Questions similaires
La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique jugée insuffisante par l’Union européenne
Nicolas Janssen a souligné le retard de la Belgique et de la Wallonie dans la part des énergies renouvelables, rappelant l’objectif européen pour 2030 et interrogeant la ministre sur les moyens de contribuer à l’accélération de la transition, notamment par des zones d’accélération, ainsi que sur l’équilibre entre développement énergétique, paysages et santé publique. Cécile Neven a indiqué que le projet de PNEC fixe pour la Belgique un objectif de 21,7 % de renouvelables et que la contribution wallonne via le PACE vise 28 à 29 %, la Wallonie étant selon elle sur sa trajectoire de 2022. Elle a toutefois relevé que la difficulté tient aussi aux objectifs des autres entités, à la répartition des efforts au niveau belge et à l’absence de partage réalisé de l’offshore, tout en estimant que les objectifs wallons ne pourront pas être atteints uniquement par l’éolien et le photovoltaïque, mais aussi par d’autres technologies comme le biogaz, l’hydrogène et le stockage.
L’impact du prochain appel d’offres pour un parc offshore belge sur l’approvisionnement électrique de la Wallonie
Céline Tellier a alerté sur les inquiétudes exprimées par plusieurs grands acteurs énergétiques concernant le report et la modification de l’appel d’offres fédéral pour les lots 2 et 3 des parcs éoliens en mer du Nord, qu’elle juge préoccupants pour la sécurité d’approvisionnement, alors que ces projets représentent 3 500 MW. Cécile Neven a indiqué être en contact régulier avec le ministre Bihet, qui veut relancer l’appel d’offres au printemps 2026 en recherchant un équilibre entre coût pour les industriels, investissements d’infrastructure et sécurité d’approvisionnement fondée sur un mix nucléaire-renouvelables. Elle a précisé ne pas vouloir commenter davantage un dossier relevant du fédéral et a insisté sur l’importance, pour la Wallonie, de concrétiser la Boucle du Hainaut afin de permettre le développement des renouvelables et d’éviter des difficultés d’électrification et de décarbonation.
Le plan d’ORES pour son réseau électrique
Olivier Maroy a interrogé la ministre sur le plan d’adaptation du réseau présenté par ORES face à la hausse attendue de la demande d’électricité, au développement des véhicules électriques, des pompes à chaleur et du photovoltaïque, ainsi que sur sa compatibilité avec la DPR et le soutien régional envisagé. Cécile Neven a répondu que les investissements réseau sont indispensables mais qu’ils sont financés par la facture des consommateurs, qu’ils doivent donc être arbitrés avec le souci de contenir les coûts, et que le plan d’ORES s’inscrit dans la logique des missions des GRD. Elle a indiqué travailler sur des mécanismes de flexibilité, sur les communautés d’énergie, l’autoconsommation et une stratégie intervectorielle afin de mieux anticiper les besoins de consommation, de production et d’investissement, tout en soutenant les filières renouvelables et de stockage.
Le plan d’adaptation d’ORES pour éviter la surtension du réseau électrique
Les députés ont interrogé la ministre sur le plan d’adaptation d’ORES, présenté comme nécessaire pour répondre à la hausse attendue de la demande d’électricité, à l’essor du photovoltaïque, des véhicules électriques, des pompes à chaleur et des besoins industriels. Ils ont demandé si ce plan s’inscrivait dans la DPR, quelle en était la méthodologie et comment la Wallonie pourrait l’accompagner. La ministre a rappelé que les investissements réseau sont financés par les consommateurs, qu’ils doivent donc être arbitrés avec attention, et a confirmé que le plan d’ORES relevait des missions normales des GRD. Elle a indiqué travailler sur la flexibilité de la demande, les communautés d’énergie, l’autoconsommation et une stratégie intervectorielle visant à mieux coordonner consommation, production et investissements, afin de soutenir aussi le développement du stockage et des renouvelables.
Les centaines de millions d’euros non mobilisées pour la transition énergétique en Wallonie
Céline Tellier et Jean-Paul Bastin ont alerté sur la suspension de plusieurs projets de parcs de batteries et de centrales photovoltaïques, évoquant des montants de 600 à 800 millions d’euros et demandant des précisions sur la gouvernance, la sécurité juridique et la capacité à accélérer la transition énergétique en Wallonie. La ministre Cécile Neven a contesté l’existence d’un blocage au niveau du Gouvernement, en rappelant que la DPR prévoit une rationalisation des structures du non régulé et que sa demande de postposer certains recrutements chez EWATe visait à clarifier ce cadre. Elle a indiqué qu’un seul projet, d’environ 30 millions d’euros, semblait concrètement engagé à ce stade, tout en soulignant la nécessité de clarifier les rôles, la transparence et la neutralité des structures concernées. Les députés ont répliqué que les retards constatés dans les renouvelables et la gouvernance énergétique restaient préoccupants, malgré l’existence du PACE 2030.