Le coût réel des abonnements des TEC quasiment gratuits» Question d’actualité de Mme Alice Bernard à M. François Desquesnes, Ministre du Territoire, des Infrastructures, de la Mobilité et des Pouvoirs locaux, sur «le succès de l’abonnement pour les jeunes
Le questionneur a interrogé le ministre sur le bilan de la quasi-gratuité des abonnements TEC pour les 18-24 ans, les BIM et les plus de 65 ans, en soulignant une hausse limitée des abonnements et le risque d’un manque de financement structurel pouvant nuire à la qualité du service. La réponse ministérielle a rappelé que la mesure coûte environ 40 millions d’euros, qu’une évaluation complète était prévue sur base des résultats 2024 et que les chiffres définitifs font état de 409 000 abonnements quasi gratuits, en hausse de 8 %. Le ministre a toutefois nuancé cet effet positif en indiquant que, chez les 18-24 ans, la hausse des abonnements (+4,1 %) s’accompagne d’une baisse des validations (-2,3 %), ce qui l’amène à revoir la grille tarifaire dans le cadre du nouveau contrat de service public avec l’OTW. Les intervenants ont, de leur côté, défendu la mesure comme socialement utile et favorable à la mobilité, à la santé publique et à la lutte contre la pollution.
Débat · 5 interventions
Monsieur le Ministre, peut-on parler de succès pour une légère augmentation de 8 % pour les abonnements TEC quasiment gratuits ? C’est la question que je me suis moi-même posée en lisant l’article de Sudinfo. Sous l’ancienne législature, le Gouvernement wallon a décidé d’appliquer une politique tarifaire visant à augmenter l’attractivité des transports en commun pour les jeunes de 18 à 24 ans, pour les personnes âgées de plus de 65 ans et pour les personnes ayant le statut BIM – bénéficiaires de l’intervention majorée. Aujourd’hui, nous avons constaté une augmentation de 12,5 % pour les personnes ayant le statut BIM, une augmentation de 4,1 % pour les jeunes de 18 à 24 ans et une augmentation de 7,1 % pour les personnes âgées de plus de 65 ans. Cette légère augmentation a été mise en avant à travers l’article, mais selon nous, elle cache une certaine réalité – c’est-à-dire le manque de financement structurel. Monsieur le Ministre, vous avez souvent insisté sur l’importance d’évaluer une mesure avant de prendre une décision. Dès lors, quel bilan tirez-vous de cette mesure? Peut-on continuer sans ressources suffisantes au risque de pénaliser la qualité des services?
Agressivité 49%- AB
Monsieur le Ministre, quand on évoque la quasi-gratuité de certains abonnements TEC, on entend régulièrement parler du coût que représente une telle mesure. C’est ce que vient de faire le jeune collègue du MR qui a, lui, rappelons-le, l’abonnement totalement gratuit, comme tous les autres députés. Contrairement à lui, pour l’écrasante majorité des jeunes, les plus de 65 ans et les personnes à bas revenus, cette quasi-gratuité est indispensable. C’est pour cela que plus de 450 000 personnes ont un abonnement TEC quasi gratuit: 12 euros par an. Ces 450 000 personnes peuvent aller travailler, étudier, visiter leur famille sans se ruiner. C’est 30 000 de plus que l’année dernière. Un total de 450 000 personnes prend le bus au lieu de la voiture. Cela représente moins d’embouteillages, moins d’accidents et moins de pollution. Tout le monde y gagne. Votre Gouvernement hésite, parle d’évaluation, mais votre évaluation est là: 30 000 abonnements de plus en une année. La quasi-gratuité est aussi un investissement pour l’avenir. En plus d’être socialement juste, elle est climatiquement indispensable. Les transports en commun réduisent la pollution et le réchauffement climatique qui risquent de coûter bien plus cher à tout le monde dans les prochaines années. Vous êtes face à un choix et une responsabilité politiques. Allez-vous plaider pour poursuivre les abonnements quasi gratuits au TEC et même pour les étendre?
- FDFrançois DesquesnesLes Engagés
Madame et Monsieur les Députés, c’est un enjeu important que celui d’ajuster une politique tarifaire d’un service public, en l’occurrence le transport public. Derrière cette tarification, il y a une série d’enjeux. D’abord, il y a des enjeux de recettes pour les TEC. Aujourd’hui, la politique mise en œuvre de la quasigratuité a un coût, parce que la gratuité ou la quasigratuité ne l’est jamais pour tout le monde. Il faut la payer. Le coût représente 40 millions d’euros. Dans les arbitrages que l’on doit faire dans les différentes dépenses, différents choix doivent être pris. C’est un des éléments, un des volets. L’autre volet concerne l’accessibilité d’un service public. Elle doit être large et organisée pour tout le monde. Des choix ont été faits sous la précédente législature dans ce sens et dans cette perspective. Le contrat de service public prévoyait une évaluation complète du dispositif sur base des résultats de la fin 2024. J’avais déjà demandé, en septembre, une première évaluation et j’ai demandé, sur la base de ce qui m’a été donné dans le courant de l’hiver, une évaluation concernant les chiffres définitifs pour l’année 2024. On a aujourd’hui des chiffres quantitatifs, mais ils nous laissent poser des questions d’interprétation. Pour repréciser, il ne s’agit pas de 450 000 abonnements, mais de 409 000 abonnements dans cette catégorie de quasi-gratuité. C’est vrai qu’ils ont progressé de 8 % entre le 31 décembre 2023 et le 31 décembre 2024. Cette augmentation est significative. Derrière cette progression significative de l’achat d’abonnements, on peut se poser la question de leur utilisation. Les chiffres sont un peu différents selon les catégories d’usagers. C’est là que j’ai demandé à mes services des affinements. Si cela a provoqué une augmentation moindre de la fréquentation que le nombre d’achats d’abonnement pour l’ensemble des bénéficiaires, certaines catégories n’ont pas réagi à la baisse de prix. Je vais prendre l’exemple des 18-24 ans puisque c’est là-dessus que vous m’interrogez, Madame Bernard. L’évolution des abonnements pour les 1824 ans représente +4,1 %. Cependant, la validation pour ces mêmes abonnements représente -2,3 %. Dès lors, on doit légitimement se poser dans une politique publique. Si le prix des abonnements diminue, mais que cela n’encourage pas une augmentation de la fréquentation ou de l’usage du bus, il faut se poser des questions sur ce qui coince. Où les choses ne fonctionnent-elles pas? C’est le travail que j’ai entrepris avec l’OTW. Le Gouvernement wallon, dans le cadre du conclave du budget 2025, m’a demandé de revoir le contrat de service public de l’OTW. C’est ce à quoi je m’emploie avec l’ensemble des éléments. La grille tarifaire sera l’une des composantes du nouveau contrat de service public. Il faut aussi garder raison et être attentif aux conclusions que l’on peut tirer immédiatement de certains chiffres. J’ai voulu faire le travail sérieusement et c’est comme cela que je continuerai. Il y a des éléments positifs, mais aussi des éléments très questionnants.
Agressivité 61%Constructivité 57%Factuel 64%Émotionnel 60% Je vous remercie, Monsieur le Ministre, d’avoir répondu clairement à mes différentes questions. Vous avez rassuré à travers l’évaluation qui a été faite sur la base de la décision du Gouvernement. Les chiffres que vous donnez, 409 000 abonnements de quasi-gratuité avec une progression de 8 %, permettent de nuancer. Vous ciblez plus particulièrement les 18 à 24 ans. Je ne suis plus dans cette catégorie, mais si j’avais 24 ans et que je savais que prendre un abonnement me coûterait uniquement 12 euros sur l’année, même sans utiliser les transports en commun, je me permettrais de prendre l’abonnement. Vos chiffres reflètent cette réalité puisque, aujourd’hui, les jeunes prennent cet abonnement sans forcément prendre les transports en commun, ce qui demande de revoir cette décision parce que, comme on le dit souvent, plus de moyens ne signifient pas forcément plus d’efficacité.
Agressivité 49%Constructivité 83%Factuel 83%Émotionnel 76%- AB
Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour vos éléments de réponse. On constate qu’il y a 30 000 abonnements de plus sur une année, soit 30 000 personnes en plus qui ont l’occasion d’avoir le bus quasi gratuit – c’est important – pour aller étudier, aller travailler ou visiter la famille sans trop se ruiner. C’est un investissement puisque cela coûte 40 millions. Toutefois, on peut aussi vous dire que le coût de la pollution sur la santé représente 1 250 euros par an et par habitant. Ce coût, il faut aussi le prendre en considération. Quand on réfléchit à large échelle et que l’on fait des projections transversales, on doit réfléchir à ce qu’il faut investir pour éviter le réchauffement climatique et protéger la santé de la population. Les embouteillages coûtent à l’économie belge 5,3 milliards par an. Cet argent, on pourrait en économiser plus si l’on avait plus de transports en commun bien organisés. C’est à cela que l’on vous invite à continuer à réfléchir et à investir.
Agressivité 39%Constructivité 54%Factuel 41%Émotionnel 42%
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