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ActualitéWalloniemercredi 4 février 2026

La privatisation du logement public

Synthèse

Jori Dupont a dénoncé la volonté, selon lui, de sous-investir dans le logement public et de recourir à des mécanismes de privatisation via des projets sur terrains publics, estimant que le logement public doit rester un pilier du droit au logement, de la mixité sociale et de la lutte contre la précarité. Cécile Neven a répondu qu’il existe une pénurie de logements abordables et adaptés, dans un contexte budgétaire wallon difficile et de fragilité financière de nombreuses SLSP, ce qui justifie, selon elle, la recherche de financements innovants. Elle a défendu des partenariats public-privé de type DBFM, avec mise à disposition de terrains publics par l’État et prise en charge par le privé de la conception, construction, financement et entretien, tout en maintenant pour le public les missions d’attribution, d’accompagnement locatif et social. Dupont a répliqué que la pénurie résulte d’un choix politique de désinvestissement et a rejeté toute remise en cause du logement public.

Débat · 3 interventions

  1. JD
    Jori Dupont
    Indépendant

    Monsieur le Président, je m’associe aux propos de M. Maroy sur la lutte contre le cancer et j’exprime toute ma solidarité à sa compagne. Madame la Ministre, ma déclaration n’ira pas dans le même sens que M. Maroy précédemment. Vous avez déclaré que le logement public ne marchait pas. Vous avez demandé si c’est vraiment le rôle de l’État d’être propriétaire et de construire des logements, bref, vous avez une vision très libérale. Partant de cette vision, vous avez lancé un projet de construction de logements avec des investisseurs privés sur des terrains publics. Permettez-moi d’être en désaccord avec votre vision du logement public. Pour répondre à votre questionnement, il est évident que l’État doit être propriétaire et doit construire des logements. Ce n’est pas pour rien que cela existe. Le logement public n’est pas un hasard. Comme je l’ai dit hier en commission, c’est lié à l’industrialisation de notre pays. Quand des masses ouvrières, des masses de travailleurs ont dû se rapprocher des usines, des lieux de production, des mines, et cetera, cela a créé toute une réalité du logement liée à des taudis, à des conditions d’insalubrité et d’indignité, ce qui a fait que les gens se sont révoltés, ont lutté, et que l’État a été obligé de prendre en main le logement pour permettre à tous d’avoir des conditions de logement dignes. C’est la première chose: l’origine. Cela ne doit-il plus exister à l’heure d’aujourd’hui? Bien sûr que si. Il y a 19 000 SDF en Wallonie, il y a 50 000 personnes en liste d’attente pour un logement social. Mais vous, que faites-vous? Vous désengagez l’État. Vous tentez, via des mécanismes, de privatiser le logement public. Bref, vous êtes vraiment dans une logique de désinvestissement du logement public. Vous nous dites que vous devez juste réguler le marché immobilier, mais même cela, vous ne le faites pas, puisque quand on vous propose, par exemple, une grille contraignante des loyers, vous dites qu’il ne faut pas le faire, car cela ferait fuir les investisseurs. Madame la Ministre, vous organisez la destruction du logement public, puis vous dites que cela ne marche pas. C’est un peu la logique du serpent qui se mord la queue, c’est une logique néolibérale de destruction que l’on connaît, c’est très classique. Ne craignez-vous pas que votre solution transforme ce droit au logement en opportunité de profit pour à peine quelques personnes?

    Agressivité 41%Émotionnel 43%
  2. Monsieur le Député, je pense qu’il ne faut pas tourner autour du pot et je pars de quelques constats. Premièrement, il manque de logements abordables et, surtout, de logements adaptés, parce que l’on sait que la structure des familles a évolué. On a beaucoup de familles monoparentales. On a beaucoup de situations qui nécessitent plus de logements à une chambre, par exemple. Deuxièmement, tout le monde connaît la situation budgétaire de la Wallonie. Je ne dois pas vous faire un dessin. Troisièmement, la situation financière du secteur fait que près de la moitié des SLSP sont dans le rouge financièrement. Ce n’est pas l’actualité récente qui va me réconforter sur le sujet. Quand on voit cela, il est de notre devoir d’imaginer des systèmes innovants et, surtout, d’autres types de financement. C’est un devoir, précisément pour préserver ces filets de sécurité que sont le logement social et le logement abordable, entre autres. C’est ce type de réflexion que l’on mène en examinant la possibilité de travailler sur des PPP comme les marchés DBFM. Ce sont des projets qui ont assez bien marché, notamment en Flandre, avec l’exemple du programme Scholen van Morgen, où ce type de marché a produit des résultats dans un temps record, parce que c’est cela que l’on va chercher. Le concept est le suivant: l’État met à disposition des terrains publics – on en a à tous les étages de pouvoir – et le privé va concevoir, construire, entretenir et financer. Le public se recentre alors sur son véritable rôle, qui est la gestion de la relation locative, l’accompagnement des locataires, l’attribution des logements, tout cela avec un mélange bien pensé d’acquisitif et de locatif qui permet d’autofinancer le projet sur le long terme et de maintenir le bâtiment aux normes en permanence. Ce sont des réflexions; j’ambitionne de développer un projet pilote sur ce type de cadre, tel que le DBFM, pour plusieurs centaines de logements, tout en maintenant le rôle de l’État sur l’essentiel, c’est-à-dire l’accompagnement, l’encadrement l’attribution des logements et, surtout, l’accompagnement social.

    Constructivité 36%
  3. JD
    Jori Dupont
    Indépendant

    Tout d’abord, s’il manque des logements, c’est parce que vous avez décidé, par choix politique, de sous-investir dans le logement public. Ensuite, vous avez essayé d’utiliser comme excuse les événements récents. Il y a en effet un problème de gestion à la Sambrienne ; on en a discuté et l’on en parlera encore. Toutefois, ce n’est pas cet élément qui rend caduc ou inutile le logement public en tant que tel. Le logement public, ce sont plus de 100 000 personnes qui ont un toit au-dessus de leur tête; c’est la réalité et l’intérêt du logement public. Cela a un vrai intérêt, cela garantit le droit fondamental d’avoir un toit, cela réduit les inégalités, cela réduit la précarité, cela lutte contre le mal-logement, cela favorise la mixité sociale. Ce n’est pas juste un petit filet de sécurité, comme j’ai pu entendre M. Maroy le dire; c’est essentiel à la cohésion sociale. Le vrai problème, Madame la Ministre, ce n’est pas l’outil, ce n’est pas le logement public, c’est votre vision libérale du logement public. Dès lors, pas touche au logement public. C’est un acquis qui est né des luttes des travailleurs. On doit le renforcer et certainement pas le privatiser.

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