Le mal-être croissant des Wallons
Valérie Dejardin a dénoncé la dégradation du bien-être et de la santé mentale en Wallonie, en soulignant l’allongement des délais chez les psychologues conventionnés et la saturation des services de santé mentale, et a interpellé le ministre sur l’absence de concrétisation des promesses de campagne. Yves Coppieters a répondu que la santé mentale est une priorité de santé publique, a rappelé le futur plan stratégique régional prévu par décret pour fin décembre 2026, et a annoncé l’installation dès l’automne d’un comité de pilotage et de groupes de travail. Il a également mis en avant une enveloppe de plus de 6 millions d’euros destinée à des appels à projets en faveur de la résilience des jeunes et des opérateurs de promotion de la santé. La députée a jugé ces moyens insuffisants au regard de la gravité de la situation et a demandé des actions plus ambitieuses.
Débat · 3 interventions
- VD
Monsieur le Ministre, on a parlé du blues des mandataires. Je pense que notre société, dans son ensemble, a le blues. Les chiffres au niveau de la santé mentale des Wallonnes et des Wallons ne sont pas bons. Le temps nécessaire pour recevoir un rendez-vous chez un psychologue conventionné augmente. En gros, les psychologues des services de santé mentale sont complètement débordés. La société wallonne va mal. Monsieur le Ministre, j’aimerais savoir où sont vos promesses de campagne, puisque la santé mentale était le projet de votre parti pendant celle-ci. Quand allezvous mettre en place un plan pour aider les Wallons et les Wallonnes au niveau de leur santé mentale?
Agressivité 100%Émotionnel 99% Madame la Députée, merci de mettre en avant la journée du 10 octobre, qui est la date de la Journée mondiale de la santé mentale. La santé mentale est un problème de santé publique. Un jeune sur cinq entre 15 et 25 ans souffre de problèmes de santé mentale, de même qu’un adulte sur 10. C’est une priorité. Je voudrais mettre en avant ici le travail qualitatif des opérateurs de terrain, dans toutes les dimensions concernées et dans différents milieux de vie. Quoi qu’il en soit, le cadre régional impose un décret qui fixe la nécessité d’établir un plan stratégique de la santé mentale. La date retenue pour la mise au point de ce plan est fin décembre 2026. Rassurez-vous, Madame la Députée, on va plus vite. On a mis en place un calendrier afin qu’un comité de pilotage se réunisse dès cet automne et que l’on mette en place des groupes de travail thématiques qui définissent les stratégies et les objectifs. Pour faire preuve d’optimisme, je voudrais mettre en avant les actions menées par le Gouvernement en la matière. On a débloqué une enveloppe de plus de 6 millions d’euros pour mettre en place des initiatives, des projets – qu’il s’agisse ou non de projets pilotes – de résilience chez les jeunes par rapport à toutes les problématiques qu’ils traversent durant leur vie. C’est un appel à projets des opérateurs de promotion de la santé. Il est en cours et je pense que cela donnera déjà beaucoup d’oxygène à tous ces acteurs.
- VD
Merci, Monsieur le Ministre, pour votre réponse. Je reste néanmoins inquiète. Les 20 millions d’euros prévus par l’ancien Gouvernement sont absorbés. Les services débordent. Vous parlez de 6 millions d’euros, mais je pense qu’il en faudrait bien plus pour régler la problématique en Wallonie. La situation est grave. Aujourd’hui, il faut développer des axes de votre part et de la part de votre Gouvernement en matière de santé mentale afin que vos slogans de campagne deviennent des réalités.
Agressivité 77%Émotionnel 82%
Questions similaires
L’action du Gouvernement par rapport à la surconsommation d’antidépresseurs
Bénédicte Linard a alerté sur l’augmentation de la consommation d’antidépresseurs en Belgique, notamment chez les bénéficiaires BIM et les femmes, ainsi que sur la place croissante des médecins généralistes dans les prescriptions, y voyant un possible manque d’accessibilité à la première ligne psychologique et psychiatrique. Elle a interrogé le ministre sur un renforcement éventuel de la convention fédérale de soins psychologiques et sur des moyens supplémentaires pour la Wallonie. Yves Coppieters a indiqué que 14 % des Belges ont déjà pris des antidépresseurs, que la priorité porte sur la durée des traitements plutôt que sur leur volume, et a rappelé que les prescriptions ont diminué de 50 % en dix ans; il a refusé un financement régional de la convention, la jugeant fédérale, et a mis en avant les mesures urgentes en santé mentale, le travail en réseau et un groupe de travail sur les maisons de repos attendu pour juin 2026. Linard a insisté en réponse sur la nécessité de renforcer l’accès des jeunes aux soins psychologiques de première ligne et de coordonner l’action entre les différents niveaux de pouvoir.
Le problème des troubles du comportement alimentaire
Bénédicte Linard a alerté sur la méconnaissance des troubles du comportement alimentaire, en particulier l’anorexie, la difficulté de détection par les professionnels, le manque de services spécialisés en Wallonie et les conséquences pour les familles et les jeunes patients. Yves Coppieters a confirmé l’ampleur du phénomène, estimé à environ 15 % de la population, et a souligné l’insuffisance de l’offre hospitalière, plaidant pour le développement de soins ambulatoires, la formation de la première ligne et une prise en charge pluridisciplinaire médicale et psychologique. Le ministre a aussi indiqué vouloir redéfinir et activer le Plan de santé mentale wallon, avec un volet de sensibilisation, d’information, de communication et de monitorage, en concertation avec les acteurs concernés. La députée a conclu en appelant à une action coordonnée de tous les niveaux de pouvoir, notamment via la Conférence interministérielle de la santé.
La lutte contre le surendettement et le report de soins
Anne Lambelin a alerté sur l’ampleur du report de soins en Belgique francophone, touchant surtout les femmes, les familles monoparentales, les seniors et les personnes en incapacité de travail, en lien avec des difficultés financières et le surendettement. Yves Coppieters a répondu que la lutte contre ces phénomènes est une priorité du Gouvernement et a évoqué plusieurs leviers : renforcement du tiers payant, lutte contre le déconventionnement, évaluation du maximum à facturer, développement de structures collectives et de première ligne, accès à la santé mentale et à la prévention. Il a aussi souligné que les frais de santé ne sont pas la principale cause du surendettement, mais que les coûts indirects et la précarité créent un cercle vicieux nécessitant une approche coordonnée avec le niveau fédéral et d’autres politiques, notamment le logement, l’énergie et la lutte contre la pauvreté.
La prise en charge du vieillissement en Wallonie
Valérie Dejardin a interrogé le ministre sur la mise en œuvre de la prise en charge plus souple du vieillissement en Wallonie, les difficultés de recrutement, de financement et de conditions de travail des SAFA, ainsi que sur le calendrier de l’assurance autonomie. Yves Coppieters a répondu qu’une réforme ambitieuse du bien-vieillir est en préparation pour 2025-2029, avec une note au Gouvernement annoncée sous peu et un travail coordonné avec les plans de santé mentale, de prévention et la réforme de la première ligne. Il a présenté trois axes prioritaires: renforcer l’aide à domicile, développer des solutions intermédiaires et innovantes entre domicile et maison de repos, et améliorer la coordination territoriale de l’offre de soins. Il a ajouté que l’assurance autonomie solidaire devrait être mise en place en fin de législature, tandis que la députée a exprimé des réserves sur ce mécanisme, estimant que le réinvestissement devrait passer par les services publics sans nouvelle taxe pour les citoyens.
La difficile prise en charge des personnes marginales dans les grandes villes wallonnes
Guillaume Soupart a évoqué la dégradation de la situation dans plusieurs grandes villes wallonnes, en lien avec la consommation de drogues, les troubles à l’ordre public, les atteintes aux biens et les problèmes de propreté, en soulignant que ces personnes sont souvent en grande détresse et souffrent parfois de troubles de santé mentale ou d’assuétudes. Il a interrogé le ministre sur l’articulation entre solidarité et santé, sur un éventuel renforcement des pouvoirs des bourgmestres et sur les mesures existantes pour éviter le décrochage et accompagner ces publics. Yves Coppieters a répondu qu’un cadre institutionnel existe déjà, fondé sur les relais sociaux, les maraudes, les relais santé, les abris de nuit, les maisons d’accueil, les services de santé mentale, le Projet 107 et les équipes mobiles, ainsi que sur le dispositif Housing First qu’il entend renforcer. Le député a reconnu le travail de terrain mais a insisté sur la persistance des difficultés en matière de sécurité, d’ordre public et de qualité de vie dans les centres-villes.