La pénurie de médecins dans 90 pour cent des communes luxembourgeoises
Les députées ont alerté sur l’aggravation de la pénurie de médecins généralistes en province de Luxembourg et dans l’arrondissement de Verviers, en insistant sur le vieillissement des praticiens, la baisse des installations en équivalent temps plein et le besoin d’actions coordonnées avec le fédéral, la Fédération Wallonie-Bruxelles, les communes et les provinces. Yves Coppieters a répondu que la situation est multifactorielle et qu’elle exige d’agir sur la formation, les quotas INAMI, les incitants à l’installation et la valorisation des stages en milieu rural, tout en confirmant le maintien d’Impulseo, mais avec une réforme du dispositif. Il a également mis en avant les pratiques collectives, qu’il considère comme une réponse utile à la pénurie, et annoncé un plan d’attractivité des métiers de la santé ainsi qu’un travail avec la Fédération Wallonie-Bruxelles pour augmenter le nombre de généralistes formés. Les intervenantes ont salué certaines pistes, tout en jugeant le rythme des mesures insuffisant au regard de l’urgence locale, en particulier dans les zones rurales touchées.
Débat · 7 interventions
- AGAnne-Catherine GoffinetLes Engagés
Monsieur le Ministre, l’AViQ a sorti ses chiffres. La situation de pénurie de médecins généralistes en province de Luxembourg s’accentue. Sur 10 ans, on a perdu 7 % de médecins. En équivalent temps plein, cela correspond à une diminution de 21 %, c’est énorme. Il y a des points positifs, puisqu’il y a des jeunes qui s’installent, et la moyenne d’âge des médecins diminue. Néanmoins, la situation est plus que préoccupante. Il y a aussi une évolution de la société, puisque les médecins d’aujourd’hui ne travaillent plus comme les médecins d’hier. On est plus à des taux de travail de 80 %, alors qu’avant, par exemple, on était à 100 % ou 120 % de taux de travail. Néanmoins, la situation est dramatique. Plusieurs actions menées ont permis de ralentir cette hémorragie. Tout d’abord, quelles sont les stratégies et les réflexions menées au sein du Gouvernement par rapport à cette pénurie médicale? Quelles coordinations sont menées avec la Fédération Wallonie-Bruxelles et avec le Fédéral? Je pense notamment aux quotas INAMI. Il y a également l’Observatoire de médecine rurale à l’Université de Namur. Quels contacts avez-vous làbas? Quelles réflexions sont effectuées? Je suppose qu’il y a des relations entre eux et l’AViQ. Bref, quelles sont les pistes et réflexions menées pour développer une stratégie pour restreindre cette hémorragie? Je voudrais avoir votre position par rapport aux aides Impulseo. Elles sont évaluées, mais seront-elles bien maintenues à terme?
Agressivité 71%Constructivité 36%Factuel 51%Émotionnel 64% - AL
Monsieur le Ministre, ce n’est pas la première fois que je vous interroge sur la pénurie de médecins généralistes. Ma collègue l’a rappelé, l’AViQ vient de dresser un cadastre allant de l’année 2016 à l’année 2024. La tendance est plutôt positive pour l’ensemble des provinces, excepté pour la province de Luxembourg, où il y a une aggravation. On parle d’une proportion de communes en pénurie de médecins généralistes passant de 86 % à 91 %. Quelles analyses tirez-vous personnellement de ces résultats? Disposez-vous d’outils vous permettant de mesurer l’impact des mesures prises par le Fédéral, mais surtout par la Région, et des initiatives prises au niveau des communes et des provinces en la matière? Quel est votre avis sur cette évolution? Ce n’est pas dramatique. L’AViQ parle plutôt d’une évolution positive, même si l’on doit être très prudents par rapport, notamment, à l’âge des médecins. Le vieillissement des médecins généralistes est un sujet prégnant. Quel est votre avis sur l’ensemble de ces mesures?
Constructivité 44%Factuel 59%Émotionnel 43% - VD
Monsieur le Ministre, la pénurie de médecins généralistes, vous venez de l’entendre, n’est plus une menace abstraite. Elle est bien là et elle risque de s’empirer demain. Dans mon arrondissement – l’arrondissement francophone de Verviers –, 10 communes sur 20 sont en pénurie ou en pénurie sévère. Selon les chiffres qui viennent de sortir, 35,6 % des médecins ont plus de 55 ans. Cela veut dire que ces médecins n’exerceront probablement plus d’ici 10 ans. (Réactions dans l’assemblée) Peut-être un peu plus, mais c’est énorme, Monsieur le Ministre, malgré votre petite moue. Concrètement, l’AGEF estime que l’on ne récupérerait qu’une dizaine de médecins d’ici les prochaines années. Il propose des actions concrètes pour essayer d’attirer des médecins généralistes dans nos communes rurales. Concrètement, allez-vous soutenir les mesures et les formations que l’AGEF va mettre en place? Pensezvous mettre en place des mesures urgentes pour lutter contre cette pénurie dans les communes rurales, particulièrement dans celles de l’arrondissement de Verviers? La Région wallonne va-t-elle mettre en place des mesures structurelles pour lutter contre ces pénuries, notamment avec des incitants financiers à l’installation? Enfin, avez-vous une concertation avec votre collègue du Fédéral par rapport à cette pénurie de médecins généralistes qui existe aujourd’hui et qui va encore s’accentuer demain? Je vous remercie pour vos réponses.
Agressivité 75%Émotionnel 67% Mesdames les Députées, la pénurie des médecins généralistes est une problématique complexe, multifactorielle et qui touche les différents niveaux de pouvoir. La problématique part du démarrage de la formation, dès le concours d’entrée – c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles –, de la révision des études qui doivent évoluer, et continue avec le nombre de numéros INAMI – c’est le Fédéral –, ainsi que toutes les mesures d’incitation d’implantation, qui relèvent des compétences de la Région wallonne. Si l’on regarde les chiffres, le nombre de nouvelles installations dépasse le nombre de cessations sur l’ensemble des provinces, sauf au niveau de la province de Luxembourg. Je vous donne quand même les chiffres de 2024. Sur l’ensemble de la Région wallonne, on a 209 nouvelles installations pour 121 cessations, donc un différentiel de 58 % par province: - Brabant wallon, avec 29 installations et 13 cessations; - Hainaut, avec 75 installations et 37 cessations; - Liège, avec 63 installations et 41 cessations; - Luxembourg, avec 12 installations et 13 cessations; - Namur, avec 30 installations et 17 cessations. Quoi qu’il en soit, il faut absolument augmenter le nombre de médecins généralistes qui sortent des études; c’est une priorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec laquelle on travaille. En 2025, le nombre de numéros INAMI, donc de nouveaux diplômés à la sortie des études, passe à 950, contrairement aux 929 initialement prévus. Ensuite, on se projette sur 20262027, où l’on veut mettre en place le scénario Autonomie, sur lequel on veut geler les numéros INAMI des médecins qui ont eu leur diplôme à l’étranger. C’est une concertation qui doit se faire avec la Commission de planification de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour arriver à un arrangement, pour que ces numéros puissent bénéficier à des médecins diplômés au niveau belge. C’est une ambition assez intéressante. Ensuite, toute une série de mesures doivent être stabilisées ou renforcées. Vous avez parlé des milieux ruraux: il faut valoriser les stages en milieu rural. Cela passe-t-il par une valorisation financière? On sait bien que le médecin qui fait son stage dans un milieu a tendance à rester dans ce milieu. Fatalement, il faut amener les jeunes médecins en milieu rural pour faire connaître ce type d’environnement. Sur les processus Impulseo, rassurez-vous, nous n’allons pas les supprimer. On va revoir le processus. Vous savez qu’Impulseo est l’aide à l’implantation: implantation financière, mais également administrative, et cetera. Il y a un groupe de travail, avec des médecins généralistes, qui est en train de revoir le dispositif Impulseo et qui va nous faire des propositions. L’idée n’est sûrement pas de supprimer, mais de rendre beaucoup plus efficace. Par ailleurs, il faut travailler avec les pouvoirs locaux. J’en suis persuadé, une partie de la solution se trouve au niveau des communes et des provinces pour aider les jeunes à s’implanter dans ce milieu rural. Enfin je voudrais revenir sur la notion des jeunes médecins. Il faut arrêter de dire que le changement de pratique est en train de complètement chambouler parce que la valeur travail change chez nos jeunes. Je ne suis pas sociologue du travail, mais j’observe que les jeunes médecins vont surtout dans des pratiques collectives, qui sont déjà aussi une solution à la pénurie. En effet, quand un médecin n’est pas là, il est remplacé d’office par un autre médecin. Les goulots d’étranglement sont alors beaucoup plus faibles. Un médecin qui est en solo et qui prend ses vacances n’est pas remplacé. On valorise ces pratiques collectives, on les finance d’ailleurs au niveau de la Région wallonne, parce que l’on sait que c’est une solution potentielle à la pénurie. Je voudrais aussi insister sur le travail que l’on doit faire en 2026 avec la sous-commission Planification de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour augmenter le nombre de quotas de médecins généralistes: on n’est pas encore à 50 % de l’ensemble des étudiants qui sortent, alors que l’on doit arriver à un minimum de 50 %. Ensuite, je vais présenter au Gouvernement wallon et à la Fédération Wallonie-Bruxelles un plan d’attractivité des métiers dans lequel il y aura les médecins, mais aussi les autres professions de la santé. Toute une série de solutions sera proposée. Croyez bien, Mesdames et Messieurs les Députés, que je suis en échange continu avec le niveau fédéral et la Fédération Wallonie-Bruxelles pour trouver des solutions. Les solutions, ce ne sera pas pour l’année prochaine ou l’année suivante. Vous pourrez malheureusement encore me poser ces questions. Toutefois, d’ici 2029, 2030 ou 2031, on verra un premier changement.
- AGAnne-Catherine GoffinetLes Engagés
Merci, Monsieur le Ministre, de nous avoir fait brièvement l’état des travaux et des réflexions. L’ambition est intéressante sur le gel des numéros INAMI pour les médecins étrangers. Il faut travailler davantage sur la valorisation des stages en milieu rural. Pour cela, il y a tout un travail d’accompagnement à faire. C’est ce qui est fait notamment en province de Luxembourg pour mieux accueillir les assistants stagiaires. C’est une piste qu’il faut poursuivre. Merci de ne pas abandonner Impulseo. En effet, il faut que cela soit revu pour plus d’efficacité. Enfin, je partage votre avis sur la valorisation du métier au travers du travail collectif. C’est important. On aura encore l’occasion d’en débattre en commission.
Agressivité 56%Constructivité 77%Émotionnel 48% - AL
Merci, Monsieur le Ministre, pour vos réponses. La situation est complexe. Toute une série de facteurs accentuent cette pénurie de médecins généralistes. L’essentiel est d’évaluer ce qui fonctionne réellement. Les mesures prises, tant par le Fédéral que par la Région ou les initiatives locales, répondent-elles toutes concrètement aux attentes, ou faut-il les adapter, mieux les coordonner ? Cela fait des années – je suis contente de vous entendre – que je dis que la pratique collective fonctionne, mais ce n’est pas suffisant. Vous avez mis enfin le doigt sur un point essentiel: la pratique des stages en milieu rural. Je ne sais pas s’il faut l’imposer, mais on a besoin d’une collaboration avec les universités. On ne peut pas, le matin, faire un stage dans le sud de la province de Luxembourg, et être en cours l’après-midi dans une université bruxelloise. C’est un travail que l’on demande depuis des années. C’est une des solutions qui permettra d’améliorer la situation des médecins généralistes et de la santé de première ligne en milieu rural. Je suis heureuse de voir qu’Impulseo va être revu. On sait depuis toujours que ce n’est pas la solution miracle. Certains médecins bénéficient parfois de plusieurs primes Impulseo, lorsqu’ils déménagent d’un endroit en pénurie à un autre endroit en pénurie. Ils sont nombreux aujourd’hui. On sait vers quoi on doit aller. C’est urgent d’avancer encore plus rapidement.
Agressivité 42%Constructivité 35% - VD
Monsieur le Ministre, je reste un peu sur ma faim. Il vous restait une minute, et vous n’avez pas répondu aux questions précises qui concernaient l’arrondissement de Verviers. Vous vous en doutez, je reviendrai vers vous avec ces questions. Soyons concrets et honnêtes, on peut parler de manière générale des milieux ruraux, mais je vais vous parler de l’arrondissement de Verviers: 80 médecins généralistes en moins dans les 10 ans. Ce sont les chiffres avancés par l’AGEF. Vous avez comme projet de retirer les urgences des acteurs de première ligne. Parallèlement, il y a la réforme du paysage hospitalier, où il y a un risque pour quatre hôpitaux sur cinq dans l’arrondissement de Verviers. Où puis-je dire aux habitants de l’arrondissement de Verviers, mais aussi de Lierneux, de Baelen, de Pepinster, de Dison – qui sont des communes déjà touchées par la pénurie – d’aller se soigner aujourd’hui et demain? J’espère qu’ils ne devront pas attendre 2029, 2030 ou 2031, parce que c’est un manque d’ambition de la part de la Wallonie.
Agressivité 58%Émotionnel 47%
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Les députées ont alerté sur l’aggravation de la pénurie de médecins généralistes, en particulier en province de Luxembourg et dans l’arrondissement de Verviers, en évoquant le vieillissement des praticiens, le recul des équivalents temps plein, la difficulté d’attractivité des zones rurales et l’efficacité des dispositifs existants comme Impulseo. Elles ont interrogé le ministre sur les coordinations avec le fédéral, la Fédération Wallonie-Bruxelles et les pouvoirs locaux, ainsi que sur le soutien aux stages en milieu rural et aux initiatives de formation et d’installation. Yves Coppieters a expliqué que la pénurie relève de plusieurs niveaux de pouvoir, a rappelé que les nouvelles installations dépassent globalement les cessations sauf au Luxembourg, et a annoncé des pistes de travail sur les quotas, la planification, les stages ruraux, les pratiques collectives et la réforme d’Impulseo, sans suppression du dispositif. Il a indiqué qu’un plan d’attractivité des métiers de la santé serait présenté et que des résultats tangibles ne seraient visibles qu’à moyen terme.
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