Moniteur citoyen
← Toutes les questions
ActualitéWalloniemercredi 28 juin 2023

La réforme des postes médicaux de garde et l’impact sur la première ligne de soins

Synthèse

Les intervenants ont dénoncé la réforme fédérale du 1733 et de l’organisation des gardes, jugée particulièrement inadaptée à la Wallonie en raison de la ruralité, de la pénurie de médecins généralistes et du surcroît d’appels de nuit sans tri préalable. Ils ont demandé à la ministre d’intervenir auprès de son homologue fédéral, de défendre les spécificités de la première ligne wallonne et de renforcer le soutien aux cercles de médecine générale, notamment via les subventions régionales. Dans sa réponse, la ministre a mis en avant le dialogue engagé avec le niveau fédéral, l’augmentation annoncée des moyens et son intention de poursuivre les échanges pour éviter une réforme trop brutale. Les répliques ont insisté sur le fait que, sur le terrain, les médecins n’en perçoivent pas encore les effets et que l’organisation doit mieux tenir compte des réalités wallonnes.

Débat · 6 interventions

  1. Madame la Ministre, Arlon, La Louvière, Liège, Namur, Mons, Tournai, Tubize, Ottignies; c’est bien d’un problème wallon qu’il est question ici, avec l’appel des médecins généralistes à manifester contre la réforme de l’organisation des gardes imposée par le ministre Vandenbroucke. Cette réforme met à mal la première ligne des soins de santé en Wallonie, parce qu’aujourd’hui, ni la Flandre ni la Région bruxelloise ne sont concernées. Pour cause, l’organisation des postes médicaux de garde et le fonctionnement, jusqu’il y a peu, de la centrale 1733 permettaient au plus de prendre en compte les spécificités d’une Wallonie essentiellement rurale et déjà en pénurie de soignants de première ligne. En réponse à ma question du 19 avril dernier relative au même sujet, vous aviez fait part d’une réunion avec le cabinet du ministre fédéral de la Santé et de votre espoir d’aboutir à une réforme apaisante pour les médecins généralistes qui subissent de plein fouet cette réforme. L’impact de toute cette réorganisation pèse lourd sur leur travail au quotidien. Aujourd’hui, on est loin de cette réforme apaisante. Pour preuve, ces médecins généralistes qui aujourd’hui descendent dans la rue pour crier leur ras-le-bol et qui invitent même leur patientèle à les y rejoindre. C’est inédit. J’aurais aimé savoir si vous aviez eu des contacts récemment avec le cabinet du ministre fédéral. Comment comptez-vous tenter de trouver une solution apaisante à cette situation?

    Agressivité 83%Factuel 50%Émotionnel 69%
  2. FD

    Madame la Ministre, quand on a un problème de santé en pleine nuit, on a la chance de pouvoir former un numéro d’urgence: le 1733 et, au bout du fil, on touche finalement quelqu’un qui apportera une solution à son problème de santé. Aujourd’hui, c’est la situation dans laquelle sont les médecins généralistes de Wallonie. Ils sont en train de lancer un appel, un appel de détresse, un appel au secours à cause de la réforme du 1733 de votre collègue fédéral de la Santé, qui oblige les médecins généralistes à répondre en direct à des demandes, à des appels sans le tri, et cela, en pleine nuit noire. C’est une vraie difficulté aujourd’hui parce que, en moyenne, sans le tri effectué jusqu’à présent par le 1733, un médecin généraliste qui est de garde la nuit reçoit 10 appels au secours, 10 appels d’urgence qu’il faut trier, comprendre. Précédemment, quand le système 1733 fonctionnait correctement, il y avait des opérateurs intermédiaires qui permettaient de faire le tri et d’orienter vers le bon service, et les médecins généralistes, en moyenne, n’étaient mobilisés que 1,2 fois par nuit. On le comprend, la vie, la réalité des médecins a complètement changé lorsqu’ils effectuent une garde de nuit depuis cette réforme. C’est absolument inacceptable. D’autant que, nous le savons, chers collègues, c’est un débat que nous avons déjà abordé à de multiples reprises dans cette enceinte: nous sommes aujourd’hui en pénurie de médecins. De nombreuses communes souffrent d’une difficulté d’accès à la médecine. Nous avons aussi des difficultés pour mobiliser les moyens de santé de première ligne. Vous avez pris l’initiative Proxisanté. Finalement, cette attitude, ce choix du Gouvernement fédéral pénalise gravement l’organisation des soins de santé de première ligne en 15 P.W. – C.R.I. N° 19 (2022-2023) – Mercredi 28 juin 2023 Wallonie et met en péril la santé des citoyennes et des citoyens de Wallonie ainsi que celle des médecins généralistes. Allez-vous vous emparer de ce dossier, interpeller fermement votre collègue le ministre Vandenbroucke, solliciter une CIM Santé pour qu’enfin ce mécanisme de tri des gardes de nuit puisse revenir à la normale et que les médecins généralistes ne soient appelés que lorsque c’est vraiment nécessaire? J’attends de votre côté une réponse claire et précise.

    Agressivité 65%Constructivité 50%Factuel 66%Émotionnel 63%
  3. Madame la Ministre, ce midi, j’étais Place d’armes ici à Namur, à la rencontre des médecins généralistes mobilisés, comme dans toute la Wallonie ce matin, contre la réforme de garde de nuit décidée par votre homologue socialiste au Fédéral, M. le Ministre Vandenbroucke. Cette réforme, prise contre l’avis des cercles de médecine générale, est imbuvable. Sans le tri des appels, les généralistes, qui travaillent déjà souvent plus de 10 heures par jour, risquent de devoir se déplacer plusieurs fois en pleine nuit. Les médecins avec qui j’ai discuté sont unanimes: dans ces conditions, avec la pénurie qui touche 55 % des communes en Wallonie, ils ne tiendront pas le coup et la qualité des soins va en pâtir, ce qui est inacceptable. Allez-vous demander à votre collègue Vandenbroucke de retirer sa réforme? Comment allez vous renforcer le soutien humain et financier au Cercle de médecine générale qui organise concrètement sur le terrain la première ligne et la garde médicale?

  4. Merci, Madame la Ministre, pour vos éléments de réponse. Nous sommes P.W. – C.R.I. N° 19 (2022-2023) – Mercredi 28 juin 2023 16 évidemment conscients de la situation un peu compliquée puisque vous dépendez de décisions fédérales et, en même temps, vous êtes en charge de l’organisation de la première ligne. Ce n’est pas une situation de confort. Nous nous réjouissons des moyens financiers mis en place. Nous nous réjouissons aussi de l’ouverture. Vous parliez de la différence entre la Flandre et la Wallonie, mais elle est ce qu’elle est. En Flandre et à Bruxelles, ils ont une patientèle et ils ne sont pas en pénurie de la même manière qu’ici. Dès lors, l’organisation est vraiment différente. Cette nouvelle organisation qui doit être mise en place doit répondre aussi à la ruralité et aux demandes des médecins. Ils ne se plaignent pas de confort, même si une vie correcte doit leur être apportée. Si les médecins descendent dans la rue aujourd’hui, c’est vraiment une sonnette d’alarme et c’est dans l’intérêt des habitants et des patients de la Région wallonne. Le modèle économique actuel proposé dans la réforme est viable en Flandre, mais pas en Wallonie. En effet, j’espère que, au niveau de la CIM Santé, le ministre a été attentif et que les revendications des médecins pourront être entendues dans les semaines qui viennent, parce que c’est vraiment un enjeu crucial pour l’ensemble des Wallons et des Wallonnes.

    Agressivité 61%Constructivité 57%Factuel 45%Émotionnel 66%
  5. FD

    Merci, Madame la Ministre, pour votre réponse. Vous annoncez des chiffres du Fédéral: un doublement et un triplement des moyens. Force est de constater qu’aujourd’hui les médecins généralistes en Wallonie ne voient pas cette réalité. Il y a une vraie difficulté. Vous dites que vous êtes rassurée par le dialogue. Nous serons rassurés quand les médecins généralistes le diront eux-mêmes, sur le terrain. Je rappelle que la réalité est totalement différente en Wallonie que celle en Flandre ou à Bruxelles, ne fût-ce qu’en termes de densité de population. En Wallonie, on est à peu près à 200 habitants au kilomètre carré, tandis qu’en Flandre, on est à 500 habitants au kilomètre carré. C’est une réalité différente dans le maillage du territoire et dans la proximité par rapport aux citoyens. J’attends de vous que vous défendiez cette spécificité et que, comme ministre responsable de la Santé de première ligne, vous y soyez attentive et que vous soyez sûre que les engagements et les promesses faites par votre collègue, M. Vandenbroucke, se traduisent concrètement par une amélioration de la qualité de vie et de travail de nos médecins généralistes.

    Agressivité 76%Constructivité 68%Factuel 62%Émotionnel 69%
  6. Merci, Madame la Ministre, pour votre réponse. Il est important d’entendre les médecins généralistes et les cercles de médecine générale qui organisent la garde concrètement au quotidien. Ils reçoivent des subventions de la Région wallonne, puisque c’est de la première ligne et c’est vous qui donnez les subventions au Cercle de médecine générale. Il est important de s’assurer que les subventions que vous donnez sont suffisantes que pour qu’ils puissent correctement organiser la garde médicale au quotidien. C’est ce qu’ils m’ont dit ce midi: «On a de l’argent de la Région wallonne pour fonctionner. Notre mission, c’est d’organiser la garde». Il faut que vous suiviez leurs demandes. Ce serait beaucoup plus facile si, en Belgique, on avait un seul système de soins de santé avec un seul ministre. Ce serait beaucoup plus logique, plus efficace et beaucoup moins cher.

    Agressivité 59%Constructivité 68%Factuel 44%Émotionnel 59%

Questions similaires

ActualitéWallonie28.06.23

L’exercice de la médecine de première ligne dans les postes de garde

Les intervenants ont dénoncé les effets de la réforme fédérale du 1733 sur l’organisation des gardes de médecine générale en Wallonie, en soulignant l’absence de tri des appels, l’augmentation de la charge de travail nocturne et l’inadéquation du modèle avec la ruralité et la pénurie de médecins. Ils ont demandé à la ministre d’intervenir auprès de son homologue fédéral, de défendre les spécificités wallonnes et de soutenir davantage les cercles de médecine générale. En réponse, la ministre a rappelé avoir engagé le dialogue avec le cabinet fédéral, indiqué que des moyens supplémentaires étaient annoncés au niveau fédéral et assuré suivre le dossier afin de rechercher une réforme plus apaisante pour les généralistes.

ALAnne Laffut · MRChristie Morreale
Première ligne de soinsMédecine générale
UrgenteWallonie28.06.23

La réponse du gouvernement wallon à la manifestation des médecins généralistes

Les députés ont dénoncé la réforme fédérale du 1733 et de l’organisation des gardes, estimant qu’elle augmente fortement la charge des médecins généralistes en Wallonie, aggrave la pénurie de première ligne et ne tient pas compte des spécificités rurales et de densité de population de la Région. Ils ont demandé si la ministre wallonne avait récemment contacté son homologue fédéral, si elle comptait intervenir en CIM Santé et si les subventions régionales aux cercles de médecine générale étaient suffisantes pour organiser correctement la garde. En réponse, la ministre a indiqué maintenir le dialogue avec le niveau fédéral, être attentive aux réalités wallonnes et compter sur une évolution apaisée du dossier, tout en rappelant les moyens supplémentaires annoncés par le Fédéral pour accompagner la réforme.

ABAlice Bernard · PTBChristie Morreale
Première ligne de soinsConcertation fédérale
ActualitéWallonie25.02.26

La pénurie de médecins dans 90 pour cent des communes luxembourgeoises

Les députées ont alerté sur l’aggravation de la pénurie de médecins généralistes en province de Luxembourg et dans l’arrondissement de Verviers, en insistant sur le vieillissement des praticiens, la baisse des installations en équivalent temps plein et le besoin d’actions coordonnées avec le fédéral, la Fédération Wallonie-Bruxelles, les communes et les provinces. Yves Coppieters a répondu que la situation est multifactorielle et qu’elle exige d’agir sur la formation, les quotas INAMI, les incitants à l’installation et la valorisation des stages en milieu rural, tout en confirmant le maintien d’Impulseo, mais avec une réforme du dispositif. Il a également mis en avant les pratiques collectives, qu’il considère comme une réponse utile à la pénurie, et annoncé un plan d’attractivité des métiers de la santé ainsi qu’un travail avec la Fédération Wallonie-Bruxelles pour augmenter le nombre de généralistes formés. Les intervenantes ont salué certaines pistes, tout en jugeant le rythme des mesures insuffisant au regard de l’urgence locale, en particulier dans les zones rurales touchées.

AGAnne-Catherine Goffinet · Les EngagésYves Coppieters
Pénurie de médecinsMédecine générale
ActualitéWallonie25.02.26

Les enseignements à tirer du dernier cadastre officiel des médecins généralistes publié par l’AViQ» Question d’actualité de Mme Valérie Dejardin à M. Yves Coppieters, Ministre de la Santé, de l’Environnement, des Solidarités et de l’Économie sociale, sur «le manque de médecins généralistes dans la région de Verviers

Les députées ont alerté sur l’aggravation de la pénurie de médecins généralistes, en particulier en province de Luxembourg et dans l’arrondissement de Verviers, en évoquant le vieillissement des praticiens, le recul des équivalents temps plein, la difficulté d’attractivité des zones rurales et l’efficacité des dispositifs existants comme Impulseo. Elles ont interrogé le ministre sur les coordinations avec le fédéral, la Fédération Wallonie-Bruxelles et les pouvoirs locaux, ainsi que sur le soutien aux stages en milieu rural et aux initiatives de formation et d’installation. Yves Coppieters a expliqué que la pénurie relève de plusieurs niveaux de pouvoir, a rappelé que les nouvelles installations dépassent globalement les cessations sauf au Luxembourg, et a annoncé des pistes de travail sur les quotas, la planification, les stages ruraux, les pratiques collectives et la réforme d’Impulseo, sans suppression du dispositif. Il a indiqué qu’un plan d’attractivité des métiers de la santé serait présenté et que des résultats tangibles ne seraient visibles qu’à moyen terme.

ALAnne Laffut · MRYves Coppieters
Pénurie de médecinsPremière ligne de soins
ActualitéWallonie09.07.25

La grève de prestataires de soins du 7 juillet 2025

Caroline Taquin a dénoncé la grève des médecins du 7 juillet 2025, qu’elle a présentée comme le signe d’une inquiétude profonde pour l’accessibilité des soins, la liberté tarifaire des prestataires et l’équilibre financier des hôpitaux, et elle a interrogé le ministre sur sa position, le soutien possible aux patients et l’existence d’une concertation. Yves Coppieters a regretté la grève, a indiqué n’avoir pas été concerté par le ministre fédéral, mais a précisé que ces enjeux étaient discutés en CIM Santé et qu’un groupe d’experts travaillait sur la réforme hospitalière. Il a jugé nécessaire une réforme, notamment des suppléments d’honoraires et de l’accessibilité, en soulignant qu’elle devait aller de pair avec la réforme de la tarification et celle des hôpitaux, tout en estimant que les médecins libéraux devaient assumer leurs responsabilités.

CTCaroline Taquin · MRYves Coppieters
Santé publiqueConcertation fédérale