Le retrait de cinq avions Ryanair à Charleroi
Les députés ont débattu des conséquences du retrait annoncé de cinq avions Ryanair à Charleroi, en lien avec la taxe communale envisagée par la Ville et la taxe fédérale sur l’embarquement. Le questionneur a dénoncé une mesure jugée prématurée et risquée pour l’emploi, tandis qu’un autre intervenant a défendu la taxe communale comme une réponse aux contraintes budgétaires locales et à la contribution du secteur aérien. La ministre Neven a appelé à « stop aux taxes », estimant que leur multiplication menace les investissements et l’emploi, et a plaidé pour une concertation entre le Fédéral, la Région, l’aéroport, les compagnies et les syndicats. Elle a rappelé que la situation pouvait avoir un impact important sur l’activité et jusqu’à 1 100 emplois directs et indirects, tout en indiquant que les modalités de la taxe fédérale n’étaient pas encore arrêtées et que la Wallonie continuerait à faire valoir ses préoccupations auprès du Fédéral.
Débat · 11 interventions
- JCJean-Jacques CloquetLes Engagés
Madame la Ministre, je connais assez bien ce dossier par rapport au passé. Il faut le scinder en deux parties. Tout d’abord, il y a la partie «taxe». Je l’ai vécue sur les parkings à l’époque, mais on n’avait pas beaucoup d’argent, et c’était compliqué. Concernant la taxe que la Ville veut mettre sur l’aéroport – qui n’est pas une taxe qui impacte directement Ryanair –, on doit le reconnaître que le bourgmestre a raison. (Applaudissements) Après, soyons clairs, quand je vois le compte de résultat de 15 millions d’euros, sachant les problèmes de l’aéroport de Charleroi et les programmes d’investissements, à mon avis, cela va être compliqué. Visiblement, d’après ce que j’entends, il y a eu des concertations, mais je n’en sais pas plus. Je dis simplement qu’il faut faire attention de ne pas prendre l’argent pour ne pas développer. On le sait, on a souvent parlé ici des problèmes de capacité de développement. C’est le premier point. Le deuxième point, pour moi, c’est la taxe fédérale 2-5-10 qui est assez importante. La première, vous savez, Michael O’Leary, ce n’est pas son problème, soyons clairs. Cependant, si l’aéroport répercute sur les compagnies, cela va être différent. C’est là qu’est l’inquiétude. La deuxième, au niveau fédéral, je le dis depuis le départ, ce genre de position doit se prendre au niveau européen, parce qu’il y a une concurrence. C’est comme les gens qui vont faire le plein de la voiture à Differdange. C’est important. C’est comme la taxe sur le kérosène, on ne la fait pas aujourd’hui, on en parle, cela doit être européen. Les États-Unis, le Brésil, le Japon le font. C’est énormément d’argent. Madame la Ministre, avez-vous déjà des contacts avec la Ville de Charleroi pour voir ce qui va se mettre en place? Avec l’aéroport de Charleroi, le programme de diversification qui est important, c’est fondamental. D’une manière générale, c’est un peu ce que je voulais vous poser comme question, avec la compagnie Ryanair.
Agressivité 60%Émotionnel 56% Madame la Ministre, l’aéroport de Charleroi, on n’en a pas assez parlé. C’est un outil indispensable. Il crée de l’emploi : plus de 1 100 personnes. Il crée une valeur ajoutée pour la Région wallonne et pour la Ville de Charleroi. Surtout, il place cette ville de Charleroi sur la carte aux niveaux belge et européen. Il a aussi un impact sur le tourisme, qu’il soit wallon ou carolo. Si Charleroi doit se relever, l’aéroport est une de ses béquilles. Aujourd’hui, on sait que le secteur aéroportuaire est mis en difficulté par les enjeux environnementaux. On sait la mesure fédérale qui vise à la contribution équitable au profit de l’environnement: 10 euros. Une annonce qui m’a fait avaler mon café de travers, c’est l’annonce de la majorité communale à Charleroi. Je comprends... (Réaction de M. Devin) Oui, Monsieur Devin, l’annonce de la majorité communale qui vous dit... (Réactions dans l’assemblée) M. Laurent Devin (PS). – J’aurais à dire, mais je n’ai rien dit. Après, on vous répondra sur Charleroi.
Agressivité 38%Je lui ai demandé simplement d’arrêter de faire du bruit pendant que je posais ma question.
Agressivité 94%Émotionnel 89%Ce qui m’a fait avaler mon café de travers, c’est l’annonce prématurée, inconsciente et surtout brutale de la majorité communale carolo qui vise à ajouter une taxe de 3 euros. Pourquoi est-elle prématurée ? On en reparlera certainement avec Mme Greco, parce qu’elle n’est pas encore passée au conseil communal. C’est une sortie prématurée, simplement pour équilibrer – j’en suis certain – un budget. Deuxièmement, cette annonce est brutale. Elle met en difficulté l’aéroport au regard de son opérateur principal qui a annoncé – c’est le titre de ma question – retirer cinq avions basés sur 18 et avoir un impact direct sur l’emploi. Troisièmement, elle est irréfléchie parce qu’elle vise à isoler Charleroi. Au contraire de la taxe fédérale – si vous voulez l’appeler comme cela –, là, elle ne concerne que l’aéroport Charleroi, alors que l’on est à une heure de Zaventem, à heure de Liège et à quelques heures de Cologne ou d’autres aéroports internationaux. On brise l’outil. Madame la Ministre, la Région wallonne a investi beaucoup pour cet aéroport, parce que l’on sait les répercussions qu’il a sur la Wallonie et sur Charleroi. Quel est votre regard au vu de ces décisions qui, à mon sens, sont irréfléchies?
Agressivité 83%Émotionnel 52%- IG
Madame la Ministre, je voudrais adresser ma solidarité à tous les travailleurs et travailleuses de l’aéroport de Charleroi et de Ryanair qui, quand même, entendent des menaces et des menaces depuis quelques jours dans la presse. Surtout, je voudrais un peu clarifier ces menaces. Elles sont surtout contre la taxe fédérale qui attaque directement les compagnies aériennes et qui font réagir le boss de Ryanair avec une répercussion – on le sait – sur les passagers. Ce n’est pas le cas de la taxe communale à Charleroi qui s’adresse à BSCA, une structure aéroportuaire qui, je vous le rappelle, fait 25 millions d’euros de bénéfices par an et qui peut donc se permettre cette petite clause de solidarité, me semblet-il. D’autant que les 15 millions d’euros qui seront ponctionnés et directement reversés dans les finances communales de Charleroi sont ces 15 millions d’euros qui – hier et encore aujourd’hui, tant que la décision n’est pas prise – continueront à aller dans les poches de nos actionnaires étrangers. J’ai envie de dire: «Monsieur le Bourgmestre, Monsieur Dermine, chapeau bas!» Quel bel ingénieur nous avons là! (Applaudissements) Pour recontextualiser, pourquoi Charleroi a-t-elle pris cette décision? Parce que vous sous-traitez votre austérité et vous mettez Charleroi sous plan Oxygène. Je rappelle que 38 % de vos mesures économiques se font sur le dos des économies que vous imposez aux villes et aux communes. En plus de cela, vous supprimez le plan Marshall et vous dites: «Débrouillez-vous avec vos entreprises! Vous n’avez qu’à les taxer!» Notre ingénieur de bourgmestre a dit: «Non, je ne vais pas répercuter cela sur mes citoyens et mes citoyennes. Je ne vais pas casser mes forces vives. Je vais aller chercher l’argent là où il est». Madame la Ministre, comment expliquez-vous dénoncer et critiquer une mesure qui a pour objectif premier de protéger des citoyens carolos – donc, wallons et wallonnes – et qui est la réponse à vos exigences budgétaires? Avez-vous eu l’opportunité de discuter avec les syndicats afin de rassurer les travailleurs et les travailleuses? Depuis l’annonce de la taxe fédérale en février dernier, vous avez dit en commission vouloir mettre en place un plan de coordination entre la Région et le Fédéral pour préserver les deux aéroports. Où en est-il à ce stade? C’est là qu’il aurait fallu être plus loquace que sur la taxe communale de Charleroi. (Applaudissements) M. le Président. – La parole est à Mme la Ministre Neven.
Madame et Messieurs les Députés, la première chose que j’ai envie de vous dire – et cela ne va peut-être pas plaire à tout le monde –, c’est stop aux taxes. (Applaudissements) La multiplication irresponsable de taxes, ce n’est pas juste pour équilibrer un budget, ce n’est pas juste une recette budgétaire, c’est juste une formule d’asphyxie économique qui génère la fuite des investissements et la fuite des emplois. (Applaudissements) C’est aussi une solution de facilité quand on n’ose pas remettre en cause ou faire des choix dans ses modes de fonctionnement. C’est peut-être cela qui doit être investigué. Comme vous l’avez dit, Madame Greco, Ryanair évoque la question de la taxe fédérale, mais également la question de la taxe de Charleroi. J’ai personnellement reçu un courrier où c’est évoqué. Vous évoquez les bénéfices de l’aéroport, mais c’est avec une subvention régionale sérieuse. On pourra y revenir. (Réaction de Mme Greco) M. Stéphane Hazée (Ecolo). – Rendez-nous l’argent. Chouette!
Il n’y a pas de dividendes qui ont été versés pendant des années et des années, notamment suite à la crise du covid. Je voulais tout de même le rectifier. Ce dont nous avons absolument besoin maintenant, c’est d’une concertation entre tous les acteurs: le Fédéral, le Régional, l’aéroport, les compagnies et les syndicats. Voilà de quoi nous avons besoin autour de cet outil économique majeur. Il en va de notre intérêt à tous; non seulement celui de Charleroi, mais également celui de la Région wallonne. On parle d’emploi, qui est un sujet crucial. Pourtant, je vois que le bourgmestre de Charleroi avance en sachant très bien que BSCA pourrait répercuter cette taxe sur les compagnies. C’est faire fi des conséquences. (Réactions dans l’assemblée) Cinq avions pourraient être débasés sur un total de 18 à l’aéroport de Charleroi, ce qui équivaudrait à 150 emplois. Si l’on regarde les hypothèses de suppression des lignes... (Réaction de Mme Greco) M. le Président. – Une petite seconde, Madame Neven, s’il vous plaît. Madame Greco, vous aurez l’occasion de répliquer. (Réactions dans l’assemblée) Si le Gouvernement réplique, vous aurez même droit à une seconde réplique. (Réactions dans l’assemblée) Puis-je vous inviter, nonobstant l’acuité du sujet, à laisser Mme la Ministre prolonger et clôturer son propos? La parole est à Mme la Ministre Neven.
Agressivité 83%Émotionnel 88%Si l’on regarde les hypothèses de suppression des lignes, on peut aller jusqu’à un impact de 1 100 emplois directs et indirects, singulièrement dans la province de Hainaut. Il faut tout même le remarquer. Penser que BSCA va absorber cela sans aucun impact, ni sur les compagnies, ni sur les passagers, c’est vraiment risqué. Par ailleurs, le Gouvernement vient d’attribuer un permis à BSCA, qui est face à des défis majeurs à relever. BSCA est aussi face à de très grands investissements qui vont devoir être mis en place. Il est temps d’arrêter les sorties incessantes et intempestives qui grèvent la prévisibilité de l’aéroport. La priorité doit être donnée aux investissements qui doivent être menés à Charleroi. Il ne s’agit pas ici de se laisser impressionner par la communication de Ryanair; on connaît tous le mode de communication de Ryanair. La question n’est pas là. L’idée n’est pas de céder à la panique. Par contre, considérer d’emblée que c’est du bluff me paraît manquer de lucidité; c’est le moins que l’on puisse dire. Sur la taxe fédérale sur l’embarquement, entre la situation de juin 2025 et la situation actuelle, on a fait fois cinq, ce n’est donc pas rien. Nous avons déjà et nous allons continuer à travailler et relayer la préoccupation de la Wallonie au niveau du Fédéral. Jusqu’à présent, c’est une ligne dans un budget, les modalités de cette taxe ne sont pas encore arrêtées et il est évident que l’on va y travailler.
Agressivité 38%Émotionnel 35%- JCJean-Jacques CloquetLes Engagés
Je vous remercie, Madame la Ministre, pour vos explications. En effet, la concertation est fondamentale. Je voudrais simplement soulever un autre sujet qui est important : voir comment, ensemble – la Région et l’aéroport, et peut-être la Ville de Charleroi –, travailler sur la diversification aérienne. J’ai bien connu ce type de situation, et l’on ne changera pas. Si demain une grande surface met le pain deux fois moins cher qu’une autre, on ira à la grande surface. On ne peut pas le reprocher à M. O’Leary, même s’il a un caractère que je n’ai pas toujours partagé. Cependant, l’important est de se dire que l’on a un allongement de piste et des opportunités, réfléchissons dès lors à une diversification.
Agressivité 52%Constructivité 68%Émotionnel 69% Je vous remercie, Madame la Ministre, pour votre réponse. Comme vous, je ne suis pas là pour défendre les intérêts de Ryanair. Je suis là pour défendre les intérêts de ma ville, Charleroi, et des travailleurs. Vous avez évoqué le chiffre de 150 travailleurs touchés. C’est effectivement 25 travailleurs par avion basé, plus les autres emplois indirects. On va même aller au-delà. Quand on est un territoire aussi fragile économiquement et socialement que celui de Charleroi, on doit être prudent. L’agressivité en matière de taxes, comme le fait le bourgmestre, c’est de l’inconscience à mon sens, parce qu’il vise à briser un outil qui doit nous servir de béquille pour nous relever économiquement et socialement.
Agressivité 100%Émotionnel 80%- IG
Vous, MR et Les Engagés, quand, au Fédéral, vous taxez directement les passagers, tout se passe bien. Par contre, vous jouez les vierges effarouchées quand Charleroi, à cause de votre plan Oxygène, taxe BSCA alors que vous l’avez largement validé dans les discussions du CRAC. Dire que c’est prématuré, il faut arrêter de faire celui et celle qui ne savaient pas, ce n’est pas vrai. Aujourd’hui, la Ville de Charleroi a aussi reçu un courrier, Madame Neven, qui vient du directeur de Ryanair, qui félicite la Ville de Charleroi pour cette mesure. Je ne m’inquiète donc pas pour les emplois. (Réactions dans l’assemblée) Vous êtes les seuls ici à jouer la carte de la politique politicienne, mais qu’est-ce qui vous dérange exactement? Ce qui vous dérange, c’est que le bourgmestre de Charleroi ait fait preuve d’ingéniosité, bien plus que tout votre Gouvernement; que certains et certaines s’en inspirent d’ailleurs. Ou bien ce qui vous dérange, c’est qu’il vous joue un pied de cochon en vous renvoyant en pleine tête votre propre plan Oxygène? Je ne sais pas ce qui vous dérange, mais je suis fière d’être la chef de groupe de ce PS de Charleroi dont le bourgmestre a fait preuve de créativité pour protéger ses citoyens et citoyennes, ses forces vives et pour ne pas courber l’échine devant vos mesures budgétaires injustes et hypocrites. (Applaudissements)
Agressivité 40%Émotionnel 51%
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