La création d’emplois de qualité en Wallonie
Éliane Tillieux a interrogé le ministre sur la capacité de la Wallonie à créer suffisamment d’emplois de qualité pour absorber les demandeurs d’emploi, en soulignant le décalage entre les emplois annoncés, les départs à la retraite et l’arrivée de nouveaux chercheurs d’emploi, notamment les jeunes et les personnes les moins qualifiées. Elle a aussi critiqué le recours accru aux flexi-jobs, aux heures supplémentaires et aux dispositifs qui, selon elle, ne créent pas de postes durables, tout en craignant une mise à l’écart des publics fragiles.
Pierre-Yves Jeholet a répondu que le problème central était l’adéquation entre l’offre et la demande et a plaidé pour une meilleure collecte des offres d’emploi via le FOREm, ainsi que pour la mobilité interrégionale vers les nombreux postes vacants en Flandre. Il a mis en avant la réforme de l’accompagnement du FOREm, l’orientation plus personnalisée des chercheurs d’emploi, et des aides à l’embauche ciblées sur les personnes très éloignées du marché du travail, en complément d’outils comme les ALE et l’économie sociale.
Débat · 4 interventions
- ÉT
Monsieur le Ministre, il ne vous a pas échappé qu’un excellent article publié hier dans la presse pose la question que tout le monde se pose: y aura-t-il suffisamment d’emplois dans les prochaines années pour tous les demandeurs d’emploi et tous les chômeurs? Par une espèce de démonstration, l’article dit que 88 000 nouveaux jobs sont prévus en Belgique – c’est la promesse du Gouvernement – avec environ 300 000 départs à la retraite. Ensemble, cela fait 388 000. Soyons de bon compte, arrondissons à 400 000 jobs et imaginons, en cette période de vœux, qu’il y aura quelque chose de positif. De l’autre côté, il y a des jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi. Il y en a qui sortent et il y en a qui arrivent. On estime à 220 000 le nombre de jeunes demandeurs d’emploi qui viendront grossir les rangs des 530 000 – vous entendez bien – demandeurs d’emploi en Belgique. Rapide soustraction: 750 000 moins les 400 000 de tout à l’heure, cela fait 350 000 personnes qui, a priori, n’ont pas de job. Cette hypothèse est très positive et très favorable puisque c’est imaginer qu’il y a une adéquation parfaite entre les jobs disponibles et la qualité et les compétences de ces demandeurs. C’est sans tenir compte de tous les malades que l’on veut remettre au travail. Ce sont aussi tous ces flexi-jobs qui augmentent, mais qui ne créent pas réellement d’emplois. Ce sont tous ces étudiants, dont on a augmenté le nombre d’heures potentielles, qui viennent faire vivre les grandes surfaces qui ouvrent désormais le dimanche, mais où il n’y a pas de création d’emplois. Face à cette situation, que va-t-il se passer? Ce sont les personnes les moins qualifiées, les plus âgées, les plus en difficulté et les moins mobiles qui vont se retrouver sans emploi.
- ÉT
Rapidement, Monsieur le Président, j’ai une question. (Réaction de M. le Président) Comment allez-vous faire pour pousser les emplois privés? Comment faire en sorte de ne pas exclure de l’insertion socioprofessionnelle des centaines de milliers de demandeurs d’emploi?
Agressivité 81%Émotionnel 73% Monsieur le Président, j’ai cru qu’il n’y aurait pas de question, mais il y en a eu. (Rires) Madame la Députée, vous mettez le doigt sur un vrai problème: l’offre et la demande. Aujourd’hui, il y a un certain nombre d’informations, dont celles du journaliste – avec tout le respect que j’ai pour lui, cela relève du journaliste qui mène son enquête –, par rapport aux offres d’emploi. Le marché de l’emploi et du travail est fluctuant, comme vous l’avez dit vousmême. Il y a des personnes qui partent à la retraite, il y a un certain nombre d’étudiants qui arrivent à la fin de leur parcours scolaire, il y a une rotation et il y a aussi des offres d’emploi. Vous citez le FOREm, mais toutes les offres d’emploi ne sont malheureusement pas encore aujourd’hui sur son site, ce que je regrette. On travaille beaucoup avec le FOREm pour que toutes les entreprises puissent lui communiquer leurs offres d’emploi. En Flandre, il y a 240 000 offres d’emploi et des postes vacants. J’ai donc encouragé – on a déjà eu l’occasion d’en discuter – la mobilité interrégionale pour les chercheurs d’emploi. Peu importe leur employabilité, qu’ils soient proches ou très éloignés du marché du travail, il faut tendre la main aux chercheurs d’emploi pour leur donner un accompagnement qui correspond le plus à leur profil, un accompagnement plus rapide et un accompagnement personnalisé. C’est la réforme de l’accompagnement du FOREm qui est mise en œuvre depuis le 1er octobre. Nous aurons l’occasion, dans le débat budgétaire, de rediscuter des aides à l’embauche qui, pour la première fois, sont ciblées sur des publics très éloignés du marché du travail, en supprimant les effets d’aubaine pour les entreprises. Ce sont aussi des emplois de proximité, sur lesquels nous travaillons, via les ALE, l’économie sociale et tous les dispositifs qui existent aujourd’hui pour remettre le pied à l’étrier à toute une série de chercheurs d’emploi éloignés du marché du travail.
- ÉT
Monsieur le Ministre, on va au-delà d’une vraie catastrophe. Vous poussez hors des allocations pour faire en sorte que les personnes retrouvent de l’emploi. Or, cet emploi n’existe pas et n’est pas là. Vous abandonnez ces personnes à leur sort. Que promettez-vous aux jeunes ? La concurrence, via les flexi-jobs, ne cesse de croître. Il y a de la concurrence parce que ce sont des jobs étudiants ; néanmoins, quand ils sortent des études, c’est fini les jobs étudiants. Les heures supplémentaires, parlons-en. On augmente les quotas d’heures supplémentaires au lieu de recruter des personnes dans les entreprises. Je ne vois pas encore bien clairement votre ligne pour faire en sorte, au-delà de tuer l’emploi public, de créer véritablement de l’emploi privé et de soutenir cette économie qui a du mal à décoller en Wallonie. Il est temps. N’organisez pas la pénurie et évitez aussi de culpabiliser les victimes, soit tous ces demandeurs d’emploi qui ont vraiment besoin de votre soutien. Il est grand temps d’agir. Réfléchissez-y pendant vos vacances.
Agressivité 74%Émotionnel 57%
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