La hausse réelle du nombre de demandeurs d’emploi en Wallonie
Les intervenants de l’opposition ont dénoncé la réforme fédérale du chômage, jugée susceptible d’exclure massivement des demandeurs d’emploi, y compris des plus de 55 ans, et ont interrogé le ministre sur la hausse réelle du nombre de demandeurs d’emploi en Wallonie ainsi que sur les moyens prévus pour accompagner les personnes concernées et protéger les CPAS. Pierre-Yves Jeholet a rappelé la différence entre les sources statistiques du FOREm et de Statbel, a indiqué des chiffres récents montrant une hausse du taux d’emploi et une baisse du chômage, et a refusé la « guerre des chiffres ». Il a défendu une logique d’activation et d’accompagnement personnalisé, avec un renforcement du FOREm, des plans d’action obligatoires, une meilleure articulation avec les CPAS et des incitants à l’embauche pour les publics éloignés du marché du travail, tout en demandant des données précises à l’ONEM et au ministre fédéral.
Débat · 8 interventions
- JL
Monsieur le Ministre, votre collègue David Clarinval était tout fier d’annoncer l’exclusion de plus de 180 000 personnes de l’aide du chômage. Il brandissait ce chiffre comme un trophée. Derrière ce chiffre, ce sont des personnes, ce sont des amis, des voisins, des membres de la famille. Ce sont des femmes et des hommes qui, pour la plupart, travaillent déjà. Ils ont des emplois précaires, des temps partiels et des horaires morcelés. Aujourd’hui, ces personnes qui travaillent, vous allez les jeter dans la précarité simplement parce qu’elles ne rentrent pas dans le cadre que le Gouvernement veut mettre. Pendant que le Fédéral est en train d’exclure toutes ces personnes, en Wallonie, vous voulez vous attaquer à tous les outils qui sont justement là pour remettre les gens au travail, tels que le FOREm, les centres d’insertion socioprofessionnelle ou encore les cellules de reconversion. Pendant que le Fédéral va exclure ces gens, vous allez démanteler tout ce qui est justement prévu pour les remettre au boulot. Contrairement à ce que le Gouvernement a dit, il est prévu que cette réforme touche y compris les personnes de plus de 55 ans. Expliquez-nous comment vous allez remettre toutes ces personnes au boulot, alors que vous êtes en train de démanteler tous les outils censés les aider.
Agressivité 78%Émotionnel 63% - VB
Monsieur le Ministre, dans la presse, la semaine passée, l’opposition annonçait une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi de 10 %. Dans une réponse, que vous avez accordée à la presse, vous nous annoncez une augmentation de 4,2 %. Quelle est la véritable hausse du nombre de demandeurs d’emploi? Sur quelles données vous basezvous pour donner vos chiffres?
Agressivité 77%Émotionnel 48% - ÉT
Monsieur le Ministre, la réforme du chômage et l’exclusion à partir de deux ans de chômage font l’actualité. Le Fédéral a voté le volet « Emploi » de la loi et le ministre, à cette occasion, a pu donner une série de chiffres. Au final, même si l’on a étendu les délais, on se rend compte que plus de 184 000 personnes se retrouveront exclues, c’est-à-dire privées de revenus, d’ici juillet 2027. Il avait été dit que la catégorie des plus de 55 ans – toutes les études montrent qu’il est plus difficile, à partir de cet âge, de se réinsérer dans l’emploi – serait épargnée, selon quelques critères. Or, la réalité est tout autre, et l’on se rend compte qu’elle ne sera pas du tout épargnée. Demain, 35 000 travailleurs sans emploi seront tout bonnement exclus du chômage et n’auront plus de revenus. C’est beaucoup parce que cette catégorie d’âge représente au total 60 000 personnes. Plus d’une sur deux se retrouvera demain sans revenus, dans une situation plus difficile que d’autres, sans doute liée à l’âgisme dans notre société et aux discriminations liées à l’âge qui existent aussi dans l’emploi. Monsieur le Ministre, confirmez-vous ces chiffres de votre collègue fédéral? Déployez-vous cette hypothèse des trois tiers, c’est-à-dire un tiers qui comptera sur la solidarité, un autre tiers... On ne sait pas trop, en fait. Un collègue du MR a dit hier, en commission, qu’ils travailleront au black. (Réactions dans l’assemblée) M. le Président. – Puis-je vous demander de conclure? (Réactions dans l’assemblée) Mme Éliane Tillieux (PS). – Non, il n’y a pas de fait personnel, car je n’ai cité personne.
Agressivité 55%Factuel 35%Émotionnel 52% - ÉT
Je voudrais savoir, Monsieur le Ministre, si vous épousez cette théorie. Comment allez-vous anticiper ce flux de personnes? Quelles solutions et quelles mesures allez-vous prendre en Wallonie pour épargner les CPAS?
Agressivité 86%Émotionnel 82% Mesdames et Monsieur les Députés, quand on parle d’emploi, de taux d’emploi, de pourcentage de chômage, il faut toujours être prudent parce qu’il y a différents chiffres et des méthodes de calcul différentes. Il y a la méthode de calcul du FOREm, qui est plus administrative, qui tient compte des chercheurs d’emploi inscrits librement ; c’est la réforme Morreale. Puis, il y a aussi Statbel, ce sont des statistiques internationales du Bureau international du travail. Pas plus tard qu’hier, nous avons eu des chiffres. Ces derniers évoquaient 66,8 % du taux d’emploi en Wallonie, une augmentation de 0,6 % par rapport à la même époque l’an dernier. Par rapport au chômage de 7,5 %, il s’agit d’une diminution de 0,2 % par rapport à la même époque l’an dernier. Dès lors, attention aux chiffres. Je ne veux pas rentrer dans la guerre des chiffres comme le font certains, parce que cela correspond parfois à une malhonnêteté intellectuelle. Le paradoxe est que, en Wallonie, nous avons 244 000 chercheurs d’emploi et des métiers et secteurs en pénurie de maind’œuvre. Nous avons toute une série d’entreprises – peu importe leur taille – qui ne parviennent pas à trouver du personnel, de la main-d’œuvre ayant les qualifications et compétences pour répondre à leurs besoins. C’est vrai qu’il y a un changement de paradigme par rapport à la majorité Arizona ou Azur. Quand on parle d’exclusion du chômage, parlons d’abord de limitation des allocations de chômage dans le temps. C’est très différent. La Belgique est un de seuls pays au monde qui maintient des allocations de chômage à durée indéterminée. Par le passé, nous avons peut-être encouragé et trop soutenu l’inactivité par rapport au travail. Aujourd’hui, les majorités, que ce soit au Fédéral ou au régional, veulent activer les chercheurs d’emploi par rapport aux pénuries de main-d’œuvre, par rapport aux postes vacants, et pas seulement en créant des emplois publics, mais aussi privés, en faisant en sorte que nos entreprises, nos PME, accueillent plus de travail. On sait que l’on a de plus petites entreprises avec moins de travailleurs par PME que dans d’autres régions d’Europe. C’est une volonté de changement de paradigme, volonté largement assumée. Nous ne voulons pas, par rapport à la mesure du Fédéral, rester les bras croisés. C’est ce que nous avons fait par rapport au FOREm. Nous voulons un accompagnement beaucoup plus rapide, plus personnalisé, entraînant des plans d’action obligatoires, de contrôle de ces plans d’action, des sanctions éventuelles, même si ce n’est pas l’objectif initial. C’est un accompagnement personnalisé, ne laissant personne au bord du chemin. Peut-être cela ne vous fera-t-il pas plaisir, mais au sein du Gouvernement nous travaillons avec le ministre Desquesnes, par rapport aux CPAS, sur l’articulation du nouvel écosystème d’insertion socioprofessionnelle, de soutien de proximité que l’on va mettre en place avec le ministre Coppieters sur tout le volet «Économie sociale». On ne va pas se rejeter la balle, on va faire en sorte que chaque personne, chaque chercheur d’emploi soit pris en compte, soit accompagné, ne soit pas laissé au bord du chemin. C’est vrai que c’est un défi, parce que nous gérons une situation aujourd’hui. C’est un message que l’on donne pour le futur, pour les générations futures: la valorisation du travail. Aujourd’hui, pour des raisons différentes, des personnes sont dans une période relativement longue d’inactivité, cela ne sera pas évident. Par rapport à ce public éloigné du marché du travail, soit parce que la formation n’est pas là, soit à cause de décrochages scolaires, d’absence de diplôme, mais aussi le critère de l’âge, cela fait en sorte que ce sont peut-être des publics vers lesquels les entreprises ne se tourneront pas directement. C’est pourquoi nous voulons aussi, dans les aides à l’emploi, les aides à l’embauche des entreprises, privilégier des incitants pour engager ces personnes plus éloignées du marché du travail. Le critère de l’âge est un critère important dont on tiendra bien compte. Voilà l’ambition du Gouvernement, mais on ne doit pas fuir nos responsabilités. J’ai demandé à l’ONEM et au ministre Clarinval d’avoir les données les plus précises concernant ces chiffres et par rapport aux profils. J’ai demandé au FOREm que, dans le mois au plus tard, on puisse avoir un plan d’action pour soutenir et accompagner ces chercheurs d’emploi qui seraient in fine exclus du chômage. Nous y travaillerons aussi avec les CPAS. Nous avons demandé au Fédéral des moyens complémentaires pour les CPAS. Nous voulons travailler en parfaite concertation. Une dernière réforme que je compte mener, c’est le parcours unique du chercheur d’emploi. Il s’agit qu’à n’importe quel moment du parcours du chercheur d’emploi, on puisse identifier son profil, les formations qu’il a suivies, qu’il a peut être abandonnées, pour quelles raisons il les a abandonnées et que l’on puisse avoir l’accompagnement le plus personnalisé qui corresponde le plus au profil du chercheur d’emploi. C’est cela que l’on veut, c’est l’ambition que l’on veut donner sur le marché du travail en Wallonie. Je vous remercie.
Agressivité 42%Factuel 36%Émotionnel 51%- JL
Monsieur le Ministre, nous sommes le Parti du travail. Nous voulons que les gens travaillent, nous voulons que les gens bossent et exclure les gens n’a jamais créé aucun emploi. C’est une réalité. Aujourd’hui, vous devez dire la vérité aux gens : votre but n’est pas de créer des emplois avec ces réformes. Votre but, c’est de pousser les travailleurs à accepter n’importe quel boulot à n’importe quelles conditions. Voilà le but de la réforme du MR et des Engagés. Vous n’êtes pas le Parti du travail, vous êtes avant tout le Parti du travail précaire.
- VB
Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour ces précisions. Alors, j’imagine que les déclarations dans la presse de votre prédécesseuse, notre collègue Mme Morreale, ne sont pas empreintes de frustration, mais plutôt de nostalgie. Votre Gouvernement est en place depuis 11 mois. Nous devons vous laisser le temps de prendre des mesures en matière d’emploi, de remise à l’emploi, mais aussi d’en mesurer les effets avec sérieux, prudence aussi, et éviter les déclarations malhonnêtes intellectuellement. La limitation dans le temps que vous mentionnez est un incitant pour permettre à un plus grand nombre de chercheurs d’emploi de retourner vers le marché du travail. Nous le savons, le travail demeure la première protection contre la pauvreté.
Émotionnel 55% - ÉT
J’entends M. le Ministre qui ne veut pas faire de guerre de chiffres, mais j’aurais voulu une réponse à ma question à propos des chiffres, justement. Ainsi, le seul bilan que l’on peut tirer après un an maintenant de votre Gouvernement, c’est que le chômage est en hausse, que les demandeurs d’emploi sont en hausse – avec ou sans allocations, ils sont en hausse – que le taux d’emploi, que le taux de mises à l’emploi est en baisse, contrairement au précédent Gouvernement. Ce sont des chiffres qui sont vérifiés, Monsieur le Ministre. Mais vous n’en parlez pas: vous préférez éviter le sujet. Vous savez aussi que le FOREm, aujourd’hui, ne publie plus ses comptes rendus et ces chiffres de l’emploi, c’est un choix délibéré de ne plus communiquer. Tiens, bizarrement, aujourd’hui, le Gouvernement s’éloigne des objectifs et tout cela disparaît étrangement des radars. Il y a une vraie détérioration du marché de l’emploi. On vous attend, parce que quand il y a un emploi disponible, il y a cinq personnes qui restent aujourd’hui sur le carreau. Ça, c’est la réalité du marché de l’emploi. C’est la réalité à laquelle sont confrontés les travailleurs, avec ou sans emploi d’ailleurs. Aujourd’hui, il est grand temps de bouger. La Flandre le fait. Vous prenez souvent l’exemple de la Flandre. La Flandre enclenche des plans. Alors, Monsieur le Ministre, on attend de vous de l’ambition: bougezvous!
Agressivité 97%Constructivité 96%Factuel 98%Émotionnel 99%
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