L’inquiétude de la Fédération des CPAS wallons face à la mesure de suspension des allocations de chômage à deux ans
Alice Bernard a dénoncé la limitation des allocations de chômage à deux ans, qu’elle juge susceptible d’accroître fortement le recours aux CPAS wallons, déjà sous tension, sans financement fédéral suffisant. François Desquesnes a répondu que la mesure relève du Gouvernement fédéral, tout en rappelant que la Wallonie doit être compensée pour ses conséquences, estimées à 90 millions d’euros selon l’ULB, et qu’il interpellera prochainement la ministre fédérale compétente sur les modalités de prise en charge. En réplique, la députée a contesté l’idée qu’une telle réforme puisse créer de l’emploi et a plaidé pour une politique régionale plus active de création d’emplois dans plusieurs secteurs.
Débat · 3 interventions
- AB
Monsieur le Ministre, les cloches de Pâques de l’Arizona viennent de lâcher, au-dessus de la Wallonie, une réforme qui va profondément chambouler le paysage social: la limitation des allocations de chômage à deux ans. Du côté du MR et des Engagés, on entend dire que si l’on prive les gens de leur allocation de chômage, ils vont se bouger pour retrouver du boulot, mais toutes les études montrent que cela ne marche pas. Exclure les gens n’aide pas à retrouver du travail ni ne crée d’emplois. On parle de 55 000 demandeurs d’emploi concernés en Wallonie. Sans revenus, la plupart vont se tourner vers les CPAS et les communes dont vous êtes le ministre responsable. La Fédération des CPAS tire la sonnette d’alarme. Elle réclame des budgets complémentaires. Elle parle d’une réforme précipitée, injuste et ingérable. Elle craint un afflux massif vers les CPAS qui sont déjà saturés et dont les moyens humains sont déjà limités. On va imposer aux CPAS d’aider plus de monde sans garantie de financement suffisant de la part du Fédéral. Qui va payer la note? Les demandeurs d’emploi, parce qu’ils seront moins bien suivis, et surtout les citoyens, parce que dans les communes on sera obligés d’encore augmenter les taxes pour faire face à l’impact de cette mesure. Monsieur le Ministre, vous savez que cette réforme du chômage va entraîner des désastres humains dans les CPAS et les communes. Comment allez-vous faire comprendre au Gouvernement fédéral qu’il doit retirer son plan?
Agressivité 74%Émotionnel 62% - FDFrançois DesquesnesLes Engagés
Madame la Députée, vous m’interrogez sur les choix des politiques du Gouvernement fédéral. Vous n’aurez pas perdu de vue que nous sommes ici au Parlement de Wallonie. L’approche qui est la vôtre – que je ne partage pas – est totalement binaire; elle consiste à dire que l’on change les règles parce que, aujourd’hui, tout va bien et que ce changement de règles vient changer la situation de façon nette. Non: l’objectif est de modifier les comportements, de modifier les attitudes, de lutter contre les pièges à l’emploi qui existent aujourd’hui en Belgique et en Wallonie. Par contre, je n’ai pas de problème à vous répondre concernant les conséquences et l’impact pour les CPAS de Wallonie. Cela, c’est de ma responsabilité. Avec le ministre-président, voici déjà quatre mois, nous avons écrit aux négociateurs francophones de ce qui allait devenir le Gouvernement Arizona pour attirer leur attention et pour dire que nous avons besoin d’une prise de responsabilités. Le niveau de pouvoir qui décide doit assumer les conséquences sur les entités à qui il impose ses choix. Cela vaut autant pour les pouvoirs locaux que pour les pouvoirs régionaux et que pour les pouvoirs fédéraux. En l’occurrence, les montants aujourd’hui ont été objectivés en ce qui concerne l’impact de la réforme décidée par le Gouvernement fédéral, à savoir, pour la Wallonie, 90 millions d’euros. Ce sont des chiffres qui viennent de l’ULB. Aujourd’hui, il existe une ligne budgétaire dans la trajectoire de l’Arizona de 1 milliard d’euros pour les compensations CPAS. J’ai appris que cette ligne serait activée dès la mise en œuvre de la réforme sur les allocations de chômage, c’est-àdire dès 2026. Je rencontrerai prochainement la ministre Anneleen Van Bossuyt pour lui demander comment, concrètement, l’entité fédérale assumera sa part de conséquences en ce qui concerne la réforme des allocations de chômage sur les CPAS de Wallonie. Je le ferai aussi en dialogue avec la Fédération des CPAS.
- AB
Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour votre réponse, mais celle-ci ne me convainc pas complètement. Vous savez que, en Wallonie, il y a 40 000 offres disponibles. Pensez-vous que retirer les allocations de chômage à 55 000 demandeurs d’emploi va, tout à coup, faire passer ces offres d’emplois de 40 000 à 95 000 ? Ce n’est pas vrai. Vous parlez de modifier les comportements. Pensezvous que les travailleurs d’Audi, de Cora ou d’Opticable, pour ne parler que des fermetures récentes, restent dans leur fauteuil et ne se bougent pas pour trouver du travail? Si l’on veut parler de modification de comportement, il faudrait parler de la modification de comportement du Gouvernement wallon. Il faut créer des emplois en Wallonie et pas en détruire comme vous le faites avec le non-remplacement des départs, comme vous le faites avec la réforme des emplois APE. On a besoin d’une politique publique d’emploi dans le secteur de la construction, dans le secteur de la petite enfance, dans les énergies alternatives. C’est un comportement que vous pourriez modifier en prenant vos responsabilités et en rendant leur dignité aux travailleurs qui cherchent du travail.
Agressivité 73%Constructivité 36%Émotionnel 78%
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