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ActualitéWalloniemercredi 25 juin 2025

Les conséquences sur l’emploi de la fusion entre les groupes Rossel et IPM

Synthèse

Olivier Maroy a interrogé le ministre sur les effets de la fusion annoncée entre Rossel et IPM, en soulignant les risques pour le pluralisme de la presse francophone et pour l’emploi, notamment dans les éditions régionales de L’Avenir et de Sudpresse. Pierre-Yves Jeholet a reconnu des inquiétudes légitimes, rappelé son attachement au pluralisme et indiqué avoir déjà rencontré les éditeurs ainsi qu’une délégation de journalistes, tout en évoquant des pistes de soutien régional liées à la distribution de la presse écrite. Le débat a aussi porté sur le contexte plus large de concurrence des GAFAM, de fragilisation de la presse écrite et sur la nécessité, selon les intervenants, de mieux encadrer le rôle de la RTBF lors du prochain contrat de gestion.

Débat · 4 interventions

  1. Monsieur le Ministre, big bang, séisme, tsunami, derrière le poids des mots se trouve le choc du changement historique. Après de longs mois de négociations, Rossel et IPM ont annoncé leur volonté de fusionner. Ils collaborent déjà depuis plusieurs mois au niveau de l’impression et de la distribution, mais ils entendent maintenant aller plus loin en liant leurs destins de manière à sauver leurs titres. Concrètement et pour faire simple, la holding qui chapeaute IPM entrerait dans le capital de Rossel à hauteur de 10 % et, en échange, apporterait ses activités de presse écrite. Ce mariage donnerait naissance à un géant unique propriétaire de l’ensemble des titres de la presse francophone. Cette concentration inédite suscite des craintes et des inquiétudes au niveau du pluralisme et de l’emploi. Je partage certaines de ces craintes. On ne peut toutefois pas ignorer le contexte. La révolution digitale a complètement modifié le paysage médiatique qui est aujourd’hui dominé par des acteurs mondialisés. La concurrence acharnée, effrénée des GAFAM sur le marché publicitaire digital est telle qu’elle ne laisse que des miettes aux quotidiens belges francophones. Ainsi, le CEO d’IPM disait dans la presse, il y a quelque temps, que ce sont pas moins de 250 millions d’euros d’investissement, chez nous, en Belgique, qui filent vers les GAFAM au lieu d’aller chez les acteurs locaux. Monsieur le Ministre, je vous sais, comme moi, très attentif à l’évolution du paysage médiatique depuis de très nombreuses années. Quelle analyse faites-vous de cette fusion, de cette concentration? Allez-vous rencontrer les acteurs du dossier, les éditeurs d’un côté, les sociétés de journalistes et les syndicats de l’autre? Que peut faire le Gouvernement wallon pour répondre à leurs craintes et leurs demandes de garanties, notamment en termes d’emploi? Je dois dire qu’il y a un élément de la fusion qui m’inquiète un peu, c’est la création d’un pôle wallon constitué à la fois des éditions régionales de L’Avenir et des éditions régionales de Sudpresse. Alors, bien sûr, ils vont pouvoir mutualiser certaines choses et c’est très bien, mais on pourrait imaginer qu’ils mutualisent aussi les contenus, ce qui entraînerait une perte de pluralisme. Il pourrait aussi y avoir une fusion entre éditions régionales, ce qui évidemment serait mauvais pour l’emploi. Je suis impatient de vous entendre.

  2. Monsieur le Député, il est vrai que cette annonce de fusion était dans l’air du temps. Vous avez rappelé les multiples conséquences par rapport à l’évolution des médias dans leur globalité, la concurrence des GAFAM, la concurrence de la presse écrite et la distribution. Vous avez rappelé la conséquence d’une décision au niveau fédéral sous la précédente législature. Cette annonce a évidemment inquiété par rapport au pluralisme. Je pense que nous sommes de grands défenseurs du pluralisme et je pense que l’on doit veiller à ce que le pluralisme de la presse, à travers les titres qui sont aujourd’hui manifestement garantis, soit bien maintenu. Cependant, il est clair qu’une fusion comme celle-là provoque des inquiétudes légitimes en matière d’emploi. J’ai évidemment reçu les patrons de presse, à leur demande, comme j’ai reçu une délégation de journalistes de Vers l’Avenir qui m’ont également sollicité. J’ai l’impression qu’ils sont peut-être plus inquiets encore que dans d’autres rédactions. J’ai envie de dire deux choses. D’abord, nous sommes toujours en contact par rapport à des solutions en termes de ressources humaines que la Région wallonne pourrait apporter dans le cadre de la distribution de la presse écrite; c’est un premier volet. C’est une marge de discussion que nous pouvons avoir. Le deuxième élément est plus compliqué. Vous avez raison de dire qu’aujourd’hui certains s’indignent et sont très durs dans les commentaires qui sont faits, mais ce sont les mêmes, ce sont les mêmes partis, le PS et Ecolo notamment, qui dans une majorité ont fait en sorte de défendre la RTBF dans le cadre du contrat de gestion, alors que les éditeurs de la presse écrite avaient déjà alerté par rapport à une concurrence déloyale.

    Agressivité 57%Factuel 36%Émotionnel 49%
  3. Vous étiez leader pour supprimer la concession postale.

    Agressivité 95%Émotionnel 90%
  4. Oui, effectivement, les difficultés ne sont pas nouvelles et je me souviens fort bien qu’avec mon collègue, Fabian Culot, durant la législature 2014-2019, nous avions déposé une proposition de résolution à la Fédération WallonieBruxelles qui épinglait déjà tous les défis et qui amenait des pistes de solutions qui n’étaient sans doute pas parfaites, mais qui avaient le mérite d’essayer de mettre le débat sur la table. Nous étions dans l’opposition, et cette proposition de résolution avait été balayée d’un revers de la main par la majorité de l’époque qui aujourd’hui, c’est vrai, utilise des mots très forts. Cette fusion ne réjouit bien sûr personne en soi, mais elle a des avantages quand même, c’est qu’elle permet de sauver des titres. Je pense que le pluralisme, c’est un pluralisme d’opinions, un pluralisme de lignes éditoriales plus qu’un pluralisme d’actionnaires. Je préfère qu’il y ait un seul groupe de presse francophone plutôt qu’un rachat de certains de nos titres par certains magnats de droite extrême dans des pays voisins. Vous avez raison, Monsieur le Ministre, je pense que lors de l’examen du prochain contrat de gestion de la RTBF, il faudra mieux encadrer l’activité du service public, de manière gratuite et écrite.

    Agressivité 88%

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