L’aggravation de la fracture énergétique en raison de l’octroi de prêts au lieu de primes à la rénovation
Laurent Devin a dénoncé la réduction des primes à la rénovation énergétique, qu’il juge brutale et source de désarroi pour les ménages comme pour le secteur de la construction, et a interrogé la ministre sur une éventuelle orientation vers des prêts et des obligations. Cécile Neven a confirmé que le système de primes avait été revu, tout en affirmant qu’il reste le plus généreux du pays, et a indiqué qu’un nouveau régime global de soutien à la rénovation est en préparation pour le 1er octobre 2026. Elle a précisé que plusieurs pistes sont à l’étude, dont des prêts éventuellement combinés à des primes pour certains ménages, un accompagnement renforcé, des incitants fiscaux, des obligations de rénovation et une amélioration de la certification PEB. Le député a reconnu l’existence de ce chantier mais a insisté sur le risque d’endettement pour certaines familles et sur la nécessité d’un dispositif capable d’embarquer l’ensemble des publics.
Débat · 3 interventions
- LD
Madame la Ministre, après un an, votre action la plus remarquée a été la diminution très significative des primes de rénovation énergétique. M. le Ministre-Président, à cette tribune par rapport à un autre dossier, nous a affirmé: «Les décisions étaient dans les programmes de nos partis». Je n’ai vu, par rapport à cette décision, aucune trace dans le programme électoral du MR, aucune trace dans le programme des Engagés. Il nous dit par rapport à notre dossier: «Ce n’est pas une surprise». Force est de constater, Madame la Ministre, que votre décision précipitée lors d’un gouvernement, valable pour dès le lendemain, a été une surprise. En ces deux matières, effectivement, vous avez semé le chaos: - un grand désarroi auprès de centaines de milliers, voire de millions de Wallons; - une déception par rapport aux gens qui souhaitaient s’engager dans cette rénovation; - des faillites; certes, on peut se comparer à d’autres, mais le nombre de faillites dans le secteur de la construction est bien là. Aujourd’hui, après ces différentes étapes, nous entendons M. le Ministre-Président nous dire dans une interview que les primes doivent absolument être revues. Nous savions cela. Il nous a dit: «Rendez-vous en 2026». Cependant, il va plus loin puisqu’il dit que ce système de primes a vécu, qu’il faut à présent se tourner vers le secteur privé et qu’il faut pouvoir engager des prêts. Je viens vers vous quant à savoir si, oui ou non, vous confirmez les propos de M. le Ministre-Président, présent en séance plénière ici à vos côtés: est-ce bien vers cela ou pas que vous vous dirigez, Madame la Ministre?
Monsieur le Député, le système de primes a, en effet, dû être revu. Je ne vais pas revenir là-dessus, je pense qu’il y avait énormément d’effet d’aubaine. Nous avons en effet diminué les primes, mais je répéterai seulement – et je l’ai dit à maintes reprises – que nous conservons le système de primes le plus généreux du pays. Cela étant, le Gouvernement wallon a adopté une note d’orientation sur toutes les pistes qui vont être examinées pour constituer le nouveau régime de soutien global à la rénovation, qui doit entrer en vigueur au 1er octobre 2026. Parmi ces pistes, il y a d’abord le soutien via des prêts, le cas échéant accompagnés de primes pour les ménages qui en ont besoin. Il y a aussi tout un système d’accompagnement renforcé. On sait que c’est très important dans les démarches de rénovation énergétique. Il y a des mécanismes de financement, des incitants fiscaux, des obligations de rénovation. Parce que, oui, l’Europe nous impose des obligations de rénovation et nous y passerons. Il y a également tout un travail sur la certification PEB qui doit être améliorée et probablement renforcée. Toutes ces pistes sont en cours d’étude approfondie, comme je l’ai déjà dit, par le CEHD, le Centre d’études en habitat durable, et le HCS. Maintenant, nous sommes en train d’objectiver les mécanismes en fonction des publics et essayer de voir quel mécanisme doit être appliqué à quel public. C’est aussi objectiver les critères et les bornes qui entourent ces critères, par exemple en termes de revenus, mais pas que. Ce travail est actuellement en cours, de sorte que nous puissions aboutir à temps et à heure, comme promis, à un nouveau système de soutien global à la rénovation au 1er octobre 2026. Nous aurons également une attention particulière à des publics spécifiques. Je pense par exemple aux personnes âgées. Il est évident que des prêts pour des personnes âgées, c’est parfois plus compliqué. Toutes les situations spécifiques seront prises en compte. La consultation des acteurs est à l’heure actuelle en cours et elle doit se clôturer fin de ce mois-ci. Il y a également des travaux spécifiques sur le financement qui ont lieu dans le cadre du plan de rénovation que nous devons rendre en application de la directive PEB. Pour le surplus, je vous invite à m’interroger dans une question orale. Je vous donnerai les autres détails.
Agressivité 69%Constructivité 64%Factuel 71%Émotionnel 65%- LD
Madame la Ministre, personne ne vous interrompait. Je crois que nous étions tous attentifs au résultat de cette note d’orientation. Ni le président, ni quiconque n’a souhaité que vous interrompiez votre propos. Soit. Je note que vous partez vers des prêts et des obligations. On sera très attentifs aux accompagnements, mais je répète: des prêts et des obligations, si cela peut être un levier pour certains, en permettant quelque chose, cela peut aussi être un fardeau insupportable pour d’autres. Il faut voir aussi l’endettement qui peut exister dans certaines familles. On sait que les subsides par rapport aux CPAS, par rapport à cet endettement, ont été supprimés par le Gouvernement. Je vous le dis et je vous interpellerai, comme vous m’y invitez, en commission. Cependant, si vous voulez atteindre les objectifs en matière de transition énergétique, il va falloir une action massive, emporter l’ensemble du public avec vous. Pour cela, ce n’est peut-être pas toujours un critère d’âge – vous me parlez des personnes âgées, c’est très bien – mais c’est souvent en la matière le portefeuille qui parle. Dès lors, ne laissons pas des centaines de milliers de Wallons sur le côté.
Agressivité 72%Factuel 38%Émotionnel 52%
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