Moniteur citoyen
← Toutes les questions
ActualitéWalloniemercredi 27 mars 2024

Les nouvelles manifestations des agriculteurs et les résultats de la réunion du dernier conseil européen

Synthèse

Les intervenants ont souligné que les manifestations agricoles traduisent surtout une demande de prix rémunérateurs et de meilleures garanties de revenu, au-delà des seules simplifications administratives ou assouplissements environnementaux. Ils ont demandé au ministre s’il comptait défendre au niveau européen une modification du règlement OCM, notamment des articles 209 et 210, afin de permettre une négociation collective des prix, ainsi que des mécanismes contre la vente à perte et les pratiques déloyales. Ils ont aussi interrogé le ministre sur les résultats du Conseil européen de l’agriculture du 26 mars, l’avancement de mesures comme l’observatoire des prix et les nouvelles règles de concurrence, ainsi que le calendrier de mise en œuvre. En réponse, le ministre a indiqué qu’une ouverture existait au niveau européen sur plusieurs pistes, mais les députés ont jugé ces avancées encore insuffisantes et ont insisté sur la nécessité de solutions structurelles et rapides pour le revenu agricole.

Débat · 6 interventions

  1. FD

    Monsieur le Ministre, hier, pour la troisième fois en trois mois, les agriculteurs manifestaient leur colère à Bruxelles, avec beaucoup d’énergie et de motivation, et avec un leitmotiv qui revient tout le temps: quand pourront-ils avoir un prix rémunérateur de leur travail? C’est sur ces éléments que se concentrent les éléments. Il est vrai qu’il y a des promesses d’allégement administratif et des promesses de réduction d’exigences environnementales, mais ce n’est pas cela le cœur de la demande des agriculteurs. Ce que veulent les agriculteurs aujourd’hui, c’est avoir une rémunération juste, ce qui, Monsieur le Ministre, dépend du règlement 2013 sur l’organisation des marchés agricoles en Europe. C’est une disposition qui relève de l’initiative de la Commission et de la validation du Conseil. Il y a notamment, au cœur de cet enjeu, la négociation collective des prix par les agriculteurs, la capacité pour les agriculteurs de se fédérer et de pouvoir négocier collectivement leurs prix face à quelques acheteurs. Dans la communication de la Commission européenne, il y a 15 jours, ils annonçaient qu’il y avait 9,1 millions d’agriculteurs en Europe et que, face à eux, il n’y avait qu’une poignée d’acheteurs. C’est la réalité. Aujourd’hui, malheureusement, les articles 209 et 210 du règlement OCM ne permettent pas aux agriculteurs de se regrouper et, par des contrats, de négocier collectivement leurs prix. Ma question est simple, Monsieur le Ministre. Pour assurer demain une rémunération juste des agriculteurs, il faut modifier ces articles 209 et 210. Vous engagezvous à porter ce combat? Ce 26 mars, au Conseil européen de l’agriculture, ce débat a-t-il été ouvert? Vous et vos collègues, à l’échelle européenne, avez-vous pu faire bouger les lignes pour faire en sorte que les agriculteurs, demain, obtiennent un prix juste et rémunérateur? Je vous remercie.

    Agressivité 45%Factuel 42%Émotionnel 40%
  2. F

    Monsieur le Ministre, la crise agricole se poursuit et les orientations qui sont réellement sur la table commencent à être plus claires et plus précises. Sont également plus claires et plus précises les demandes de la part des syndicats agricoles. Je reprends ici la demande de la FUGEA qui, par la voix de son porte-parole, dit ceci: «Nous attendons que l’Europe revienne en arrière sur la politique ultralibérale. Les décisions récentes sur les réglementations environnementales ne sont absolument pas les réponses attendues». Monsieur le Ministre, je ne vais pas vous demander l’ensemble des mesures environnementales. Je les ai vues dans le briefing du Conseil. J’aimerais savoir quelles sont les mesures visant à garantir un revenu aux agriculteurs. J’ai lu qu’il y avait plusieurs types de mesures. La première, c’est la création d’un observatoire des prix et des pratiques déloyales au niveau européen. C’est un pas intéressant, mais on connaît aussi ses limites. Nous en avons un, ici, en Belgique, et l’on a vu son incapacité à réguler les prix. 33 PW – Session 2023-2024 – CRI n° 14 – Séance plénière – Mercredi 27 mars 2024 La seconde, c’est la mise en place possible de nouvelles règles pour contrer la concurrence déloyale. Là également, cela reste à mon sens très flou. Il faut aujourd’hui introduire des mécanismes qui interdisent la vente à perte, qui interdisent qu’un agriculteur soit mis dans une position tout à fait inégale par rapport aux acheteurs, à la grande distribution, qui le pousse à vendre son produit agricole en dessous des coûts de production. C’est cela qu’il faut introduire, quelle que soit la législation européenne qui sera le véhicule de cette réglementation. Monsieur le Ministre, quelles sont les avancées à ce niveau-là? Tant que nous n’aurons pas une réponse concrète sur le revenu des agriculteurs, les manifestations du monde agricole vont se poursuivre, c’est certain. Je vous remercie.

    Agressivité 57%Émotionnel 54%
  3. Monsieur le Ministre, pas mal de choses ont déjà été dites. Le secteur agricole, depuis quelques mois, explique sa colère par rapport aux différentes mesures qui sont prises. Il s’agit de mesures par rapport auxquelles ils ont expliqué qu’ils souhaitaient que le bon sens agronome revienne, que les simplifications administratives soient prises en compte, de même que le souci de leur revenu. Au niveau belge, aussi bien au Fédéral qu’à la Région, des _task forces_ ont été mises en place afin de trouver des solutions. Hier, vous aviez un Conseil européen. La Commission avait mis sur la table différentes mesures et le Conseil devait se pencher sur ces différentes mesures. Mes questions vont être très simples, Monsieur le Ministre. Pouvez-vous nous faire le point par rapport aux mesures qui étaient sur la table hier? Comment ces mesures ont-elles été prises en compte par le Conseil européen? Ce que je souhaite, c’est revenir vers le secteur avec des mesures concrètes. Les revenus et le problème de trésorerie dans les fermes constituent un problème de terrain. Dans quel timing pourrez-vous mettre en œuvre ces mesures du Conseil européen? Je pense qu’il est important de faire le point aujourd’hui. La colère est grande et, si l’on n’a pas de solution, les manifestations vont continuer. Le secteur a besoin de solutions. Je vous remercie.

    Agressivité 46%Émotionnel 56%
  4. FD

    Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour les éléments de réponse que vous avez fournis et je voudrais dire deux choses au nom des Engagés. En ce qui concerne les normes environnementales, si des exigences nouvelles sont formulées, comme c’est le cas par exemple avec la loi sur la restauration de la nature – Nature Restoration Law –, il faut des compensations pour les agriculteurs pour les efforts supplémentaires que l’on demande et ces efforts ne peuvent pas être payés sur le budget existant de la PAC. C’est le premier élément. Le deuxième élément, c’est la restauration d’un vrai rapport de force sérieux entre l’offre et la demande, entre les producteurs agricoles et celles et ceux qui achètent, qui transforment ou qui vendent, in fine, des biens alimentaires. Vous nous dites qu’il y a une ouverture au niveau de la Commission européenne, mais l’ouverture, Monsieur le Ministre, elle est claire. Ce n’est pas suffisant, une ouverture. Ce dont les agriculteurs ont besoin, c’est que la contractualisation aujourd’hui possible par le règlement OCM soit étendue à un élément aujourd’hui exclu, à savoir la négociation collective des prix ou de la formation des prix. C’est cela que vous devez obtenir et c’est pour cela que nous vous demandons de vous battre pour les agricultrices et les agriculteurs de Wallonie.

    Agressivité 72%Constructivité 54%Émotionnel 44%
  5. F

    Je vous remercie, Monsieur le Ministre. En ce qui concerne la simplification administrative – et c’est une attente forte du monde agricole –, nous ne la considérons pas uniquement par la lorgnette des réglementations environnementales, car c’est prendre le côté le plus étroit de cette simplification attendue par le monde agricole. C’est la première chose. Les ministres européens de l’Agriculture, hier, n’ont pas été très clairs concernant le rapport inégal qui existe entre le monde agricole et le monde de la distribution. Le rôle de l’Union européenne doit être davantage un rôle d’arbitre et de protection du revenu du monde agricole. Je relève enfin que, au niveau belge, il me revient que c’est également un problème dans la concertation qui a lieu aujourd’hui par rapport aux différents acteurs et que la FEVIA a refusé la proposition d’ajouter l’interdiction de la vente à perte dans la liste UTP. Là aussi, le rôle de l’État est d’avoir un rôle d’arbitre et de dire: «À partir de ce moment, les agriculteurs ne doivent plus vendre leur production à perte». Si l’on n’introduit pas des mécanismes de régulation de la sorte, on aura toujours un véritable problème agricole et l’on aura le monde agricole dans les rues, et nous serons à leurs côtés.

    Agressivité 67%Constructivité 68%Factuel 36%Émotionnel 54%
  6. Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour les différentes réponses. 35 PW – Session 2023-2024 – CRI n° 14 – Séance plénière – Mercredi 27 mars 2024 Aujourd’hui, le bon sens agronomique, qui a été mis à mal par beaucoup de mesures environnementales, contrairement à ce que disent certaines formations politiques, a des conséquences sur le revenu agricole. Il est clair que, dans les exploitations agricoles, ils le savent. Le budget de crise, les mesures pour une régulation des prix et les clauses miroir, c’est évident et attendu. Le secteur est en attente de ces mesures concrètes, rapides et structurelles. On va dans la bonne direction, mais il faut que chacun prenne ses responsabilités. Les mesures agroenvironnementales démesurées que l’on a imposées au secteur agricole ont des conséquences sur le revenu, même si certaines formations politiques ne sont pas contentes de l’entendre.

    Agressivité 66%Constructivité 75%Factuel 55%Émotionnel 72%

Questions similaires

UrgenteWallonie27.03.24

Les mesures annoncées officiellement par le conseil européen de l’agriculture

Les intervenants ont insisté sur la colère persistante du monde agricole, qui réclame avant tout une rémunération juste, la fin de la vente à perte et un meilleur rapport de force face à la distribution, au-delà des seules simplifications administratives et allégements environnementaux. Ils ont demandé si le ministre entendait soutenir la modification des articles 209 et 210 du règlement OCM afin de permettre la négociation collective des prix, ainsi que des mécanismes européens plus contraignants contre les pratiques commerciales déloyales. Le ministre a été interrogé sur les mesures examinées au Conseil européen de l’agriculture, leur portée concrète et le calendrier de mise en œuvre. En réponse, il a été rappelé qu’une ouverture existe au niveau européen, mais les députés ont estimé qu’elle devait déboucher sur des garanties structurelles pour le revenu agricole et, le cas échéant, sur des compensations pour les nouvelles exigences environnementales.

CCCaroline Cassart-Mailleux · MRWilly Borsus
AgricultureSoutien aux agriculteurs
ActualitéWallonie27.03.24

L’absence de régulation des marchés dans les propositions européennes de soutien aux agriculteurs

Les intervenants ont souligné que les manifestations agricoles exprimaient surtout une demande de prix rémunérateurs et de mécanismes de régulation du marché, au-delà des seules simplifications administratives et adaptations environnementales. Ils ont demandé que l’Union européenne modifie le règlement OCM afin d’autoriser davantage la négociation collective des prix, d’interdire la vente à perte et de mieux rééquilibrer le rapport de force avec la grande distribution et les acheteurs. Ils ont également insisté sur la nécessité de mesures concrètes et rapides pour soutenir le revenu et la trésorerie des exploitations, ainsi que sur d’éventuelles compensations si de nouvelles exigences environnementales sont imposées. Le ministre a indiqué qu’une ouverture existait au niveau européen, avec des pistes comme un observatoire des prix et des outils contre les pratiques déloyales, tout en laissant entendre que les discussions devaient encore être poursuivies pour obtenir des avancées plus structurelles.

F Florent · EcoloWilly Borsus
AgricultureSoutien aux agriculteurs
UrgenteWallonie24.01.24

La détresse des agriculteurs

Les intervenants ont dénoncé la détresse du monde agricole, liée à la baisse des revenus, à la complexité des normes, à la surcharge administrative et à des prix de vente jugés insuffisants, tout en évoquant les difficultés de reprise des exploitations et le coût du foncier. Ils ont demandé au ministre de rencontrer les organisations agricoles, de relayer leurs préoccupations au niveau fédéral et européen, et de mettre en avant des solutions concrètes pour soutenir le secteur. En réponse, il a été rappelé que le ministre partageait le constat d’un système à corriger, tant au niveau wallon qu’européen, avec une attente de mesures plus adaptées et moins bureaucratiques, notamment après les difficultés liées aux BCAE 5. Le débat a aussi souligné la nécessité d’un dialogue avec les organisations agricoles et d’une action de la Belgique dans le cadre de la présidence du Conseil européen.

B Bangisa · PSWilly Borsus
AgricultureSoutien aux agriculteurs
UrgenteWallonie24.01.24

Les futures mobilisations des agriculteurs wallons

Les intervenants ont dénoncé la colère du monde agricole wallon, liée à la baisse des revenus, à la complexité des normes, à la surcharge administrative, au prix trop élevé du foncier et à l’absence de perspectives pour les jeunes repreneurs. Ils ont aussi demandé des mesures concrètes en faveur des agriculteurs confrontés à la vente à perte et à ceux engagés dans la transition écologique, ainsi qu’un dialogue avec les organisations professionnelles et une intervention au niveau européen. Le ministre a été interpellé sur son action en Wallonie, sa rencontre avec la Fédération wallonne de l’agriculture et sa capacité à porter ces revendications au Conseil européen dans le cadre de la présidence belge. Les échanges ont également rappelé les difficultés récentes liées à certaines règles européennes et régionales, notamment la saga des BCAE 5.

S Schonbrodt · PTBWilly Borsus
AgricultureSoutien aux agriculteurs
ActualitéWallonie18.12.25

Le MERCOSUR et les mesures de protection renforcées pour les agriculteurs

Les députés ont dénoncé les inquiétudes du monde agricole face à la pression administrative, à la PAC et surtout à l’accord MERCOSUR, présenté comme une menace de concurrence déloyale pour les producteurs européens. Véronique Durenne et d’autres ont interrogé la ministre sur l’efficacité des mesures de protection renforcées, les clauses miroirs et la position belge et wallonne dans les négociations européennes. Anne-Catherine Dalcq a répondu que le Gouvernement wallon maintenait un non ferme au MERCOSUR, refusait une baisse du budget de la PAC et considérait que les clauses de sauvegarde proposées restaient insuffisantes pour protéger réellement les agriculteurs. Elle a ajouté avoir rencontré les manifestants à Bruxelles et a défendu une PAC forte comme condition de l’autonomie alimentaire et du maintien des exploitations agricoles.

VDVéronique Durenne · MRAnne-Catherine Dalcq
AgricultureConcurrence déloyale