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ActualitéWalloniemercredi 6 septembre 2023

L’éventuelle mise à l’emploi de sans- papiers pour pallier les pénuries

Synthèse

Les intervenants ont interpellé la ministre sur l’idée d’une régularisation de sans-papiers pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, en demandant si cette question serait bien inscrite à l’ordre du jour d’une conférence interministérielle et comment éviter que cela ne détourne l’attention des demandeurs d’emploi wallons. Ils ont aussi soulevé les difficultés humaines des personnes sans papiers, leur impossibilité d’accéder à un travail légal, à un logement ou à un crédit, ainsi que la faible orientation des demandeurs d’emploi vers les métiers en pénurie et l’efficacité de la réforme du FOREm. La ministre a été renvoyée à la nécessité de concilier, selon les questions posées, l’accompagnement des demandeurs d’emploi, la réponse aux pénuries et la cohérence institutionnelle entre compétences régionales et fédérales.

Débat · 6 interventions

  1. D

    Madame la Ministre, je voulais cette fois vous interpeller sur la demande que le Gouvernement wallon a faite au Premier ministre d’organiser une CIM avec à son ordre du jour la question de la régularisation des sans-papiers. Je vous avoue avoir été surpris par la réponse du Premier ministre. Il peut bien sûr avoir son avis, mais, dans le fonctionnement institutionnel de la Belgique, la première chose à faire est de mettre ce point à l’ordre du jour et ensuite d’en discuter. Or, là, il est déjà dans un discours où il semble dire qu’il n’en veut pas. J’y reviendrai après. Que comptez-vous faire par rapport à cette réaction? Le point sera-t-il bien inscrit, comme demandé par le Gouvernement wallon et le ministreprésident, à l’ordre du jour de cette conférence interministérielle? La régularisation des sans-papiers est un dossier éminemment important parce que, derrière cela, se cache une série de personnes qui vivent des situations extrêmement difficiles. Il y a aujourd’hui sur notre territoire une série de gens qui n’ont pas de papiers, qui sont là depuis un certain nombre d’années, qui doivent malheureusement travailler au noir et qui ne peuvent pas avoir accès à un logement avec un contrat de bail, à un travail avec un vrai contrat ou encore à un crédit alors qu’ils sont là depuis un certain nombre d’années. Dans le permis unique, il y a deux éléments: le permis de travail et le permis de séjour. Le permis de travail est de la compétence de la Wallonie et le permis de séjour est de la compétence du Fédéral. Il y a plusieurs théories, notamment une qui indique que la Wallonie pourrait, selon ses compétences, agir pour pouvoir régulariser des travailleurs. Aujourd’hui, on essaie d’opposer l’accompagnement des demandeurs d’emploi avec les travailleurs sanspapiers. Il s’agit d’une erreur parce que les deux solutions doivent être menées en parallèle et de front: avoir un meilleur accompagnement – je l’ai évoqué dans ma question précédente – et régulariser une série de travailleurs qui sont sur notre territoire et où l’on recherche des gens dans leurs domaines de compétences. Alors qu’il y a des métiers en pénurie, qui sont essentiels pour l’avenir de la Wallonie, on ne peut malheureusement pas recourir à ces gens, ce qui est un véritable drame. Comment comptez-vous agir afin de permettre à ces personnes de vivre dignement, d’avoir un travail et de remplir une mission essentielle d’un point de vue économique?

    Agressivité 62%Constructivité 45%Factuel 37%Émotionnel 60%
  2. Madame la Ministre, la pénurie est une réalité pour beaucoup de secteurs en Wallonie: 158 métiers sont actuellement en manque de candidats, soit 10 % de plus que l’année dernière. Afin de contrer cette pénurie, vous avez récemment plaidé avec le ministre-président auprès du Premier ministre pour une régularisation des sans-papiers dont les compétences feraient défaut dans notre Région. Cette proposition a visiblement surpris pas mal de monde, y compris vos collègues du Gouvernement, et n’est d’ailleurs pas reprise dans la Déclaration de politique régionale. Je peux comprendre que la conjoncture et les résultats mitigés de certaines mesures développées poussent à la créativité, mais j’espère que l’on ne détourne pas le regard de ce qui est – et, j’espère, reste – la priorité, à savoir la mise à l’emploi de nos demandeurs d’emploi. Si l’objectif d’apporter une réponse aux pénuries que nous connaissons sur notre territoire est louable, je me suis étonnée de cette proposition qui semble faire fi du fait qu’il y a sur notre territoire plus de 223 000 demandeurs d’emploi. Comment allez-vous, avec cette proposition de régularisation des sans-papiers, combiner les impératifs de mise à l’emploi de nos demandeurs d’emploi et de réponse aux pénuries que l’on connaît en Wallonie? Je vous remercie.

    Agressivité 41%Émotionnel 46%
  3. Madame la Ministre, mes collègues ont rappelé les chiffres. On l’a dit, un demandeur d’emploi sur 30 formé par le FOREm ou par ses partenaires suit aujourd’hui une filière dans les métiers en pénurie. Ce sont des chiffres tellement peu encourageants. J’aurais aimé savoir comment vous les interprétez aujourd’hui. Est-ce un problème de formation? La réforme mise en place par le FOREm porte-t-elle ses fruits ou pas du tout? Je ne peux pas, en tout cas à titre personnel, imaginer, dans la multitude des secteurs qui sont en pénurie aujourd’hui – cela va de l’informatique à la santé en passant par l’enseignement et l’éducation, la logistique –, que les demandeurs d’emploi ne puissent 11 PW – Session 2023-2024 – CRI n° 1 – Séance plénière – Mercredi 6 septembre 2023 trouver leur épanouissement dans l’un de ces secteurs. Comment les interprétez-vous? Où les efforts doiventils être mis aujourd’hui pour essayer de trouver une solution au phénomène de sous-emploi qui est largement présent en Wallonie? Je vous remercie.

    Émotionnel 45%
  4. D

    Monsieur le Président, je voulais remercier Mme la Ministre pour sa réponse. On aura l’occasion d’en discuter en commission, puisque des questions ont été déposées à ce sujet, on aura un peu plus de temps de développement. Il faut bien constater aujourd’hui que cette situation, c’est un véritable gâchis, d’abord humain, mais aussi économique. Vous l’avez rappelé, les interlocuteurs sociaux, que ce soient les patrons et les syndicats, sont favorables à ce que l’on puisse permettre la régularisation par le travail pour ces gens qui aujourd’hui sont déjà sur le terrain. En fait, on ne doit pas être dans une approche idéologique, mais dans une approche pragmatique. Je pense que cela sera vraiment essentiel. On a toute une série de métiers. Mme Laffut en a cité quelques-uns. Si l’on prend le domaine de la santé, on sait là que l’on a une vraie difficulté, c’est un vrai problème parce que c’est aussi un service à la population. Toutes ces personnes devraient pouvoir exercer de manière légale pour permettre justement de pouvoir soigner nos habitants. Et par rapport à ce que Mme Sobry appelait nos travailleurs, en tout cas les demandeurs d’emploi wallons, je pense que c’est essentiel aussi à travailler en parallèle pour améliorer justement la participation des demandeurs d’emploi au marché du travail. Cela me semble aussi un élément essentiel. Pour moi, ils ne sont pas contradictoires, comme je l’ai dit.

    Constructivité 57%Factuel 75%
  5. Ce qui me pose problème dans cette proposition, c’est qu’elle tend à séparer deux problématiques, la pénurie et la mise à l’emploi, alors qu’elles sont intrinsèquement liées, sans parler d’autres problèmes: d’abord, l’appel d’air énorme que cela créerait, qui est lié au deuxième problème, qui est que la secrétaire d’État à l’Asile et la Migration vient de suspendre l’accueil des hommes seuls. Quelle cohérence; puis aussi, il y a là une quasi-discrimination qui me dérange, c’est-à-dire que les personnes, les sans-papiers qui ont certaines compétences, on les régulariserait et les autres, on les laisse avec leurs problèmes à la rue. Lorsque l’on aura réussi à relier tous les emplois vacants – 200 000 en Belgique – à tous les Wallons qui en cherchent, et si à ce moment-là les entreprises nous disent encore manquer de main-d’œuvre, pourquoi ne pas passer par cette solution? Par pitié, en attendant, prenons nos responsabilités. On sait tout ce qui a déjà été tenté. Merci de l’avoir rappelé. Quand on a sur son territoire 223 000 demandeurs d’emploi inoccupés, demander au Premier ministre de régulariser des sanspapiers pour les faire bosser, je ne trouve pas que ce soit prendre ses responsabilités.

  6. Merci, Madame la Ministre, pour ces éléments de réponse. Bien sûr, des moyens ont été mis en place. Bien sûr, des efforts ont été réalisés. Je pense que tout le monde en convient. C’est vrai que la réforme prend du temps, les effets ne sont pas mesurables aujourd’hui. Néanmoins, nous avons toujours été très soucieux de l’accompagnement personnalisé et rapide des demandeurs d’emploi, ainsi que du changement de mentalité par rapport à ce suivi et à cet accompagnement. Il n’y a pas de baguette magique, on ne parle pas ici de punchline non plus parce que c’est un combat que nous avons mené hier et auquel nous sommes attentifs aujourd’hui. Nous allons poursuivre nos efforts demain afin de trouver des solutions à cette situation. Je vous remercie. 13 PW – Session 2023-2024 – CRI n° 1 – Séance plénière – Mercredi 6 septembre 2023

    Constructivité 39%Factuel 55%Émotionnel 69%

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