L’augmentation du prix de l’eau en Wallonie
Les députés ont interrogé le ministre sur les demandes d’augmentation du prix de l’eau en Wallonie, en soulignant l’impact sur le pouvoir d’achat, le caractère essentiel de ce bien et la question de savoir qui devrait financer les hausses, notamment les ménages, l’industrie ou les grands consommateurs. Le ministre a indiqué avoir reçu 12 demandes, n’en avoir accepté aucune à ce stade sauf pour de très petits distributeurs, et vouloir temporiser afin d’examiner les besoins d’investissement, les économies possibles et les impératifs liés à la qualité de l’eau. Il a aussi rappelé que le prix n’avait pas réellement augmenté depuis 2014 et a évoqué une réflexion avec les parties prenantes ainsi qu’un renforcement du Fonds social de l’eau. Les échanges ont également abordé la lutte contre les fuites, les investissements dans les réseaux et les coûts liés aux polluants comme les PFAS, le TFA et les pesticides.
Débat · 5 interventions
- GM
Monsieur le Ministre, le prix de l’eau risque d’augmenter puisque les distributeurs ont demandé l’autorisation au Gouvernement wallon de l’augmenter. On pourrait me répondre que, même si c’est un besoin fondamental, un besoin de base, l’augmentation ne représente pas énormément dans le portefeuille des uns et des autres. J’ai cependant deux éléments à donner. Premièrement, c’est la deuxième fois en quelques années que l’on augmente le prix de l’eau. Pour faire le calcul, il suffit de regarder le nombre de raccordements, cela veut dire qu’en quelques années on a augmenté le transfert des poches des Wallons et Wallonnes vers ces intercommunales de plus de 20 millions d’euros par an. Ce n’est pas une petite somme. Deuxièmement, tout coûte cher. Ce coût de l’eau s’ajoute aux autres coûts. On aurait pu poser une question à cette tribune aujourd’hui sur le fait que tous les produits de base commencent à coûter très cher et que cela commence à coûter très cher d’aller faire ses courses. Or, le portefeuille des Wallons et des Wallonnes n’est pas extensible et le coût de l’eau s’ajoute au coût du reste. Comme vous en avez l’autorité, Monsieur le Ministre, allez-vous vous opposer à ce que l’eau augmente encore afin de faire ce que votre Gouvernement dit tous les jours, à savoir protéger le pouvoir d’achat des Wallons et des Wallonnes?
Agressivité 89%Constructivité 69%Factuel 83%Émotionnel 85% - OM
Monsieur le Ministre, l’or bleu pourrait augmenter en 2025. En effet, la plupart des sociétés chargées de la distribution de l’eau en Wallonie ont déposé des demandes d’augmentation. C’est à vous, Monsieur le Ministre, qu’il revient d’accepter ou non ces augmentations. Un peu de pédagogie sera utile, ou du moins plus utile que de la démagogie. Le prix de l’eau est composé de quatre éléments: - le CVD, le coût-vérité à la distribution, qui couvre le captage, le traitement, le stockage et la distribution aux consommateurs. Il n’a pas bougé et est resté totalement stable de 2014 à 2023, mais il a augmenté en 2023 à cause de la forte inflation, passant de 2,62 euros par mètre cube à 2,80 euros par mètre cube; - le CVA, le coût-vérité à l’assainissement, c’est-àdire le traitement des eaux usées dont la SPGE a la mission; - la TVA de 6 %; - le Fonds social de l’eau, qui est destiné à venir en aide aux consommateurs qui ont des difficultés de paiement. Ce que les distributeurs invoquent pour justifier leur demande d’augmentation, ce sont les investissements qui seraient nécessaires dans le réseau pour assurer la pérennité de celui-ci ainsi que le rattrapage de l’inflation. Dans la DPR, il est cependant indiqué mot à mot qu’«une augmentation éventuelle, sauf circonstance exceptionnelle, doit être limitée à l’inflation». Les investissements évoqués par certains distributeurs relèvent-ils des circonstances exceptionnelles? Si oui, de quoi s’agit-il? Pourquoi les accepter? Allez-vous autoriser ces augmentations? Plusieurs sociétés font la demande, mais peut-être n’allez-vous pas autoriser à tout le monde. Si oui, à qui, et dans quelle mesure? Quel sera l’impact pour le consommateur? Enfin, y a-t-il des risques d’augmentation du CVA dont on parle peu?
Agressivité 99%Constructivité 99%Factuel 98%Émotionnel 98% Messieurs les Députés, vous savez que je m’inscris dans une politique de l’eau qui allie les dimensions environnementales, sociales et de santé publique. Il est vrai que nous avons reçu, au niveau du Gouvernement wallon, 12 demandes d’augmentation du prix de l’eau par les distributeurs, les plus grands d’entre eux comme les plus petits. Pour l’instant, on n’a accepté aucune demande, si ce n’est que l’on a accepté l’augmentation chez les tout petits distributeurs pour lesquels la tarification ne dépassait pas la moyenne. Quoi qu’il en soit, vous l’avez bien rappelé, Monsieur Maroy, il n’y a pas eu de véritable augmentation du prix de l’eau depuis 2014. Il y a eu un gel au niveau politique par rapport au prix de l’eau. Chacun peut le justifier à sa manière. Les distributeurs demandent pour certains une augmentation de 12 % et d’autres de 14 %. Pour l’instant, il faut effectivement temporiser. Il faut bien se rendre compte que la dimension «eau» est très importante. Je suis bien conscient qu’il faut rétablir un coût-vérité réaliste, mais pas dans n’importe quelles conditions. J’ai demandé aux principaux distributeurs quelques semaines de réflexion avec eux par rapport aux besoins d’investissement – je vous rappelle que l’on a aussi les autoroutes de l’eau à confirmer dans les années à venir – et aux efforts qu’ils peuvent faire en termes d’économies de fonctionnement pour arriver à un coût-vérité réaliste. L’aspect qualitatif m’importe très fort par rapport aux PFAS, au TFA et aux pesticides, et à ce que l’on doit faire comme investissements. Quelle est la façon la moins mauvaise d’envisager cette augmentation du coût proportionnel par rapport aux citoyens, mais aussi par rapport aux contraintes financières des distributeurs? Concrètement, on va réfléchir avec toutes les parties prenantes ces prochaines semaines, en activant également le Fonds social de l’eau de 6 millions d’euros parce que l’on veut que ce soit un fonds beaucoup plus efficace et qu’il ait une amplitude beaucoup plus importante au niveau de la Région wallonne.
Agressivité 52%Constructivité 44%Factuel 47%Émotionnel 53%- GM
Comme les deux autres intervenants l’ont rappelé, pendant des années, le prix de l’eau n’a pas augmenté. Si l’on remonte plus loin, dans certaines régions, les 15 premiers mètres cubes, voire les 20 premiers mètres cubes étaient même gratuits. Pourquoi ? Parce que l’on estime effectivement que ce besoin est fondamental. Si vous voulez faire payer l’eau, qui va payer? C’est évidemment la question fondamentale. Par exemple, Monsieur le Ministre, les multinationales qui vendent des boissons sur notre territoire paient l’eau 16 centimes le litre et vendent leur boisson 50 fois plus cher. Cela pourrait être une piste. Ou encore, l’eau utilisée par l’industrie, on pourrait là aussi voir comment elle pourrait contribuer de manière importante aux installations qu’elle utilise. Encore une fois, la question est de savoir qui va payer. Il faut faire un choix: soit on protège le pouvoir d’achat des personnes déjà impactées par toute une série de coûts, et l’on va chercher l’argent là où il est; soit vous mangez votre parole, et vous ne protégez pas le pouvoir d’achat des gens.
Agressivité 66%Constructivité 39%Émotionnel 54% - OM
On a ici un bel exemple de démagogie. Il ne faut pas confondre l’eau de distribution – l’eau du robinet –, et l’eau minérale qui est captée et qui a une valeur évidemment différente. Personne n’est obligé de consommer de l’eau minérale en bouteille qui coûte beaucoup plus cher que l’eau du robinet, généralement d’excellente qualité. Le ministre est d’une prudence de Sioux, parce qu’il faut une analyse très fine en la matière. Il faut vraiment essayer d’objectiver les investissements demandés par les distributeurs. J’attire votre attention, Monsieur le Ministre, sur le côté indispensable de la lutte contre les fuites d’eau, puisqu’on a à peu près l’équivalent de 50 piscines olympiques qui partent chaque jour dans la nature en Wallonie. D’ailleurs, la Wallonie s’est dotée d’un Plan de lutte contre les fuites d’eau dans les réseaux de distribution au début de cette année. Il est vraiment indispensable de poursuivre cette lutte contre les fuites d’eau parce qu’au final, rien n’est jamais gratuit et ce qui part dans la nature, quelqu’un le paie puisqu’il faut aller pomper, capter, avant de traiter et que cela parte dans la nature. Cela doit vraiment être une priorité.
Agressivité 99%Constructivité 67%Émotionnel 86%
Questions similaires
La possible augmentation du prix de l’eau en Wallonie
Les députés ont interrogé le ministre sur les demandes d’augmentation du prix de l’eau introduites par plusieurs distributeurs wallons, en demandant si ces hausses seraient compatibles avec la protection du pouvoir d’achat et avec la DPR, qui prévoit une augmentation limitée à l’inflation sauf circonstance exceptionnelle. Yves Coppieters a indiqué que 12 demandes ont été déposées, qu’aucune hausse générale n’a encore été acceptée, hormis pour de très petits distributeurs, et qu’une réflexion est en cours avec les acteurs du secteur sur les besoins d’investissement, les économies de fonctionnement et les enjeux de qualité de l’eau. Il a aussi rappelé la nécessité de financer les investissements liés notamment aux PFAS, au TFA, aux pesticides et aux “autoroutes de l’eau”, tout en activant davantage le Fonds social de l’eau. Les échanges ont également porté sur la lutte contre les fuites, jugée prioritaire, et sur la question de savoir qui doit supporter le coût des hausses éventuelles.
La pollution aux pfas de l’eau potable dans certaines communes wallonnes
Les députés ont interrogé la ministre sur la contamination aux PFAS de l’eau potable dans plusieurs communes wallonnes, notamment à Ronquières, Chièvres, Ghlin et Nimy, en demandant si l’eau du robinet pouvait encore être consommée, quelles alertes avaient été reçues et pourquoi la population n’avait pas été informée plus tôt. Plusieurs intervenants ont aussi évoqué les réunions de coordination, les courriers du SPW, de la SWDE et de Vivaqua, ainsi que la question des analyses, du monitoring sanguin et des mesures de protection pour les publics fragiles. Un autre volet du débat a porté sur les PFAS présents dans certains pesticides, avec des demandes d’actions auprès de l’Europe, du fédéral et de la Wallonie pour renforcer les restrictions et limiter les épandages. La ministre a rappelé que les compétences en santé environnementale relevaient d’autres niveaux et que sa marge d’action concernait surtout la santé publique, la communication aux citoyens et l’organisation d’un soutien via les dispositifs disponibles.
Les difficultés rencontrées par 135 000 familles de Wallonie pour payer leurs factures d’eau
Jori Dupont a dénoncé la hausse du prix de l’eau en Wallonie, qu’il estime lourde pour les ménages, et a critiqué le fait que 135 000 familles soient en difficulté pour payer leurs factures. Il a jugé le renforcement du Fonds social de l’eau insuffisant et non structurel, estimant qu’il ne profite qu’à une minorité des ménages concernés et ne règle pas la précarité hydrique. Yves Coppieters a répondu qu’un plan plus ambitieux avait été présenté au Gouvernement pour mieux utiliser ce fonds, en simplifiant les démarches, en automatisant davantage l’accès, en formant des tuteurs énergie et en lançant une campagne d’information avec les CPAS et les associations. Le ministre a insisté sur le caractère fondamental du droit à l’eau et sur la volonté du Gouvernement d’améliorer l’accès à ce soutien pendant la législature.
Les inquiétudes des citoyens concernant les polluants présents dans l’eau de consommation» Question urgente de Mme Valérie Warzée-Caverenne à Mme Anne-Catherine Dalcq, Ministre de l’Agriculture et de la Ruralité, sur «l’agriculture protectrice des ressources en eau» Question urgente de Mme Bénédicte Linard à M. Yves Coppieters, Ministre de la Santé, de l’Environnement, des Solidarités et de l’Économie sociale, sur «la présence de polluants dans les eaux de distribution et eaux minérales
Les députées ont interpellé le ministre sur la présence de PFAS, de pesticides et d’autres polluants dans l’eau du robinet et l’eau en bouteille, en demandant des interdictions près des captages, un durcissement des normes et un plan global de réduction à la source. Yves Coppieters a indiqué qu’une note globale sur les PFAS a été présentée au Gouvernement wallon, que les normes de l’eau de distribution ont déjà été renforcées et que des plans d’action sont imposés en cas de dépassement, tout en précisant que l’eau du robinet reste potable et que l’eau en bouteille relève d’une autre compétence. Anne-Catherine Dalcq a dit vouloir renforcer les normes dans les zones de protection des captages, en concertation avec le secteur agricole, en rappelant l’interdiction de pulvérisation dans un rayon de dix mètres autour de la prise d’eau. Les répliques ont insisté sur la nécessité de transparence, d’actions concrètes et d’une interdiction des substances à la source afin de protéger la santé publique.
Le courrier du 16 juin 2022 du spw à la société wallonne des eaux (swde) relatif aux pfas
Les intervenants ont interrogé la ministre sur les alertes dont elle aurait disposé concernant les PFAS, notamment le courrier du SPW du 16 juin 2022 à la SWDE sur les dépassements à Chièvres et les échanges ultérieurs avec son cabinet, en contestant sa thèse selon laquelle elle n’aurait pas été suffisamment informée. Ils ont aussi évoqué d’autres signaux d’alerte, comme des plaintes de Vivaqua, les réunions de coordination depuis 2021 et la question de la communication aux habitants, en particulier à Ronquières et en Wallonie picarde. D’autres députés ont demandé quelles mesures de santé publique et de monitoring étaient prévues, notamment pour les personnes vulnérables, ainsi que la disponibilité d’une information claire sur la consommation de l’eau. Un échange a également porté sur les pesticides contenant des PFAS, avec des demandes d’action auprès de l’Europe et du Fédéral pour en restreindre l’usage et limiter les épandages en Wallonie.