Le risque de perte de 115 emplois au sein de l’usine Yara à Tertre
Les députés ont alerté sur l’annonce par Yara à Tertre de 115 suppressions d’emplois sur 327, liées à l’arrêt de la production d’ammoniac, en pointant l’impact social pour les travailleurs et sous-traitants ainsi que les aides publiques déjà versées à l’entreprise. Le ministre a indiqué avoir rencontré Yara, rappelé les enjeux de décarbonation, de compétitivité et les fortes émissions liées à l’activité, et précisé qu’une réunion avec les partenaires sociaux était prévue dans le cadre de la procédure Renault afin de tenter de limiter les licenciements. Il a aussi mentionné le suivi avec le FOREm et la volonté de préserver une activité industrielle durable sur le site, tandis que les députés ont demandé des garanties sur l’emploi, la reconversion et des conditions plus strictes aux aides régionales.
Débat · 7 interventions
- PBPascal BaurainLes Engagés
Monsieur le Ministre, 115 licenciements sur un effectif global de 327 emplois, c’est l’annonce que les travailleurs de l’usine Yara à Tertre-Saint-Ghislain ont apprise au conseil d’entreprise extraordinaire de ce mardi. La principale mesure pour cette entreprise de production d’engrais, c’est la fermeture de la production de l’unité de production d’ammoniac. Les licenciements sont annoncés comme étant étalés du 1er septembre 2025 au 31 mars 2027 et l’entreprise avance comme argument le fait que sans cette mesure de suppression de l’unité de production d’ammoniac, c’est le site entier qui se trouve en péril. Or, il y a lieu de le pérenniser. Outre les mesures européennes de décarbonation, c’est également la flambée des prix de l’énergie qui serait la principale raison de cette situation, où la production d’ammoniac est devenue tout simplement hors de prix en Belgique. Monsieur le Ministre, avezvous pris ou allez-vous rapidement prendre contact avec l’entreprise et les organisations syndicales? Des mesures de soutien de la Wallonie pour réduire ce coût de l’énergie pourraient-elles être proposées à l’entreprise dans l’espoir qu’elle puisse revoir sa position? L’entreprise a-t-elle bénéficié d’aides publiques? La situation de l’entreprise n’est manifestement pas neuve puisque, en octobre 2022 déjà, le député Desquesnes interpellait votre prédécesseur sur le sujet. Pouvez-vous m’indiquer ce que la Wallonie a pu mettre en œuvre depuis lors?
Agressivité 81%Factuel 43%Émotionnel 75% - JDJori DupontIndépendant
Monsieur le Ministre, comme mon prédécesseur l’a dit, Yara, qui est une entreprise de production d’engrais à quelques kilomètres de chez moi, a annoncé sa volonté de licencier 115 travailleurs sur 327. Tout d’abord, au nom du PTB, je tiens à exprimer toute ma solidarité envers ces travailleurs qui se retrouvent dans cette situation et envers aussi les travailleurs des sous-traitants qui vont être directement concernés par ce plan de licenciement. Yara est une usine assez importante, qui a continué à tourner pendant le covid. Ce sont des travailleurs essentiels qui se sont exposés au covid. Il y a eu des cas de covid dans l’usine. C’est une usine qui a continué à générer énormément d’argent pendant toute la période de la crise sanitaire. Grâce à cela, cette multinationale Yara a fait plus de 8 milliards d’euros de bénéfices sur les six dernières années. Cette multinationale a énormément d’argent. Comment remercie-t-elle ses travailleurs? On en jette 115 comme des kleenex. C’est le ressenti sur le terrain. Pourquoi? Quelle est la raison de Yara? Il ne veut ni décarboner ni polluer moins. Il décide qu’il va aller polluer ailleurs. C’est un peu la logique. Ceci étant, Yara a reçu des millions d’euros de la Région wallonne, notamment via les systèmes de Carbon Leakage pour polluer moins ou encore via les aides sur les factures énergétiques. Cette entreprise a reçu énormément d’argent de notre Région wallonne. Que fait-elle? Elle décide de licencier les travailleurs. Quel bilan tirez-vous de cette politique de votre prédécesseur, M. Borsus, de donner des millions d’euros à une entreprise comme Yara, sans leur demander une compensation en termes de maintien d’emplois? Qu’allez-vous mettre en place pour maintenir l’emploi au sein de cette entreprise?
Agressivité 100%Constructivité 100%Factuel 100%Émotionnel 100% Monsieur le Ministre, beaucoup a été dit sur l’entreprise Yara à Tertre, parce que je parle en troisième. Je risque d’être redondant. Néanmoins, je vais aller à l’essentiel. L’entreprise Yara de Tertre licencie 115 travailleurs en production d’ammoniac, déclarant privilégier les engrais haut de gamme et les produits azotés. L’ampleur de ces licenciements est fortement contestée. Avez-vous rencontré les syndicats et l’entreprise, au vu de la gravité de la situation?
Agressivité 63%Émotionnel 37%Messieurs les Députés, l’annonce d’un licenciement collectif suscite toujours beaucoup d’émoi, d’abord auprès des travailleurs et de leur famille, mais aussi dans la région où se trouve l’entreprise. Yara à Tertre, en région montoise, a déjà fait l’objet de discussions, y compris dans ce Parlement, quand il fallait renouveler le permis d’environnement; ce permis a été renouvelé, je le rappelle, en 2021. Certains voulaient encore «durcir» les conditions du permis. Deuxièmement, cette entreprise a investi plus de 500 millions d’euros dans son implantation à Tertre. Oui, j’ai rencontré le 12 septembre dernier l’entreprise par rapport aux problèmes qu’elle rencontrait. On parle de l’enjeu de l’emploi – j’y reviendrai –, mais aussi de l’enjeu climatique et de décarbonation des entreprises. La société a abordé avec moi les objectifs au niveau européen en matière de décarbonation des entreprises. Quand on veut être plus catholique que le pape par rapport à ce qui se passe dans d’autres continents, notamment par rapport à ces objectifs-là, on a parfois des effets pervers des objectifs que l’on veut poursuivre, notamment en matière de développement économique, d’emploi et de compétitivité des entreprises. On l’a dit, la production d’ammoniac, ce sont 800 000 tonnes d’émissions de CO2 par année dans notre Région. L’entreprise, évidemment, a l’objectif de décarboner son activité, notamment en important l’ammoniac plutôt que le produire. Ils ont évidemment fait part aussi des investissements qu’ils ont réalisés, j’en ai parlé. L’objectif est de maintenir une activité industrielle durable et innovante en Région wallonne. C’est un élément qu’il faut avoir en tête. Ils m’ont confirmé hier, quand ils ont annoncé la nouvelle, que les licenciements n’auraient pas lieu avant le 1er septembre 2025 et une période 2025-premier trimestre 2027. C’est la procédure Renault. Je peux redétailler, comme je le fais souvent à cette tribune, toute la procédure Renault. Il y a une phase de discussion. Une rencontre est prévue le 23 octobre prochain avec les partenaires sociaux, pour voir comment on peut éviter les licenciements qui sont aujourd’hui annoncés, puisqu’il s’agit de 115 emplois – essentiellement des employés – sur 327 que compte l’entreprise aujourd’hui. L’objectif est de limiter au maximum les licenciements, et de mesurer et de limiter les impacts sociaux que cela représentera pour cette entreprise. J’ai encore eu un contact hier, tout sera fait pour limiter ces conséquences sur le plan social et nous aurons aussi une discussion sur l’avenir de l’activité du site. Il est vrai qu’aujourd’hui, on s’émeut beaucoup de l’emploi, mais on s’est beaucoup ému aussi de problèmes d’environnement par rapport à l’activité de cette entreprise dans la région. Je ne dis pas que l’on peut avoir des doubles discours. Je ne dis pas que vous avez des doubles discours, vous les députés, mais je sais aussi toutes les critiques que cette entreprise subit par rapport à l’environnement. Ils m’en ont fait part également le 12 février. Nous ne manquerons pas de suivre ce dossier avec énormément d’attention, d’abord pour le sort des 115 personnes qui sont ou qui seraient victimes d’un licenciement aujourd’hui, et bien évidemment, avec la procédure Renault, vous savez que tout est mis en œuvre avec notre opérateur de formation, le FOREm, et on a déjà évidemment eu le contact avec le FOREm, mais aussi pour pérenniser, je l’ai dit, une activité industrielle innovante et durable. Avec évidemment le problème qui demeure au niveau européen – je ne manquerai pas non plus de le rappeler au niveau européen –, celui de la compétitivité par rapport à ce secteur. Vous savez que plus de 50 % des engrais sont des engrais russes ici importés en Russie. Je pense que c’est aussi une discussion que l’on doit avoir sur le plan européen si l’on veut maintenir une activité industrielle et peut-être même encore davantage demain qu’aujourd’hui en Wallonie.
Agressivité 40%- PBPascal BaurainLes Engagés
Merci, Monsieur le Ministre, pour vos réponses assez complètes, même si je reviendrai. Il est important de souligner votre proactivité, puisque vous nous avez dit avoir rencontré l’entreprise. Il y a lieu également d’être extrêmement attentif au sort des travailleurs et des familles de ceux-ci qui se trouvent fortement éprouvés. Je pense ne pas avoir entendu dans la réponse ce que la Wallonie a mis en œuvre depuis l’interpellation de 2022, et j’aurais été curieux d’en savoir un peu plus à ce niveau. Pour le surplus, je pense qu’il faut vraiment mettre le focus sur le Plan de relance et les mesures et aides à la transition énergétique et à la décarbonation pour éviter que ce qui vient d’éclater comme un drame social à Saint-Ghislain ne soit pas simplement annonciateur d’autres grosses difficultés et d’autres drames économiques et sociaux dans la région.
Agressivité 64%Émotionnel 59% - JDJori DupontIndépendant
Monsieur le Ministre, vous nous dites : « C’est à cause des objectifs de décarbonation que Yara délocalise et supprime 115 emplois ». En fait, Monsieur le Ministre, vous avez donné des millions pour compenser ces objectifs de décarbonation. Ce sont les fameux Carbon Leakage. Vous avez donné des millions sans aucune condition dans le but que Yara ne délocalise pas. Que fait Yara ? Elle délocalise. Il va falloir arrêter de donner des chèques en blanc sans condition de maintien de l’emploi à ces entreprises-là. Pour reprendre les propos de votre collègue au Gouvernement, la Wallonie «n’est pas un Mister Cash». C’est ce que vous avez dit. Apparemment, pour les multinationales, c’est le cas.
Agressivité 85%Émotionnel 64% Monsieur le Ministre, au-delà des réponses apportées pour lesquelles je vous remercie, je voudrais m’assurer que vous prendrez, au sein de votre Gouvernement, des décisions favorisant la reconversion des travailleurs. Depuis 2020, les décisions prises par la direction de Yara nous ont conduits à la situation que nous subissons aujourd’hui. Dès maintenant, nous serons attentifs aux suites données à cette affaire et notamment, vous l’avez évoqué, à la mise en place de la loi Renault. La première phase va bientôt commencer, vous avez parlé de septembre 2025. Nous espérons que des licenciements secs pourront être évités.
Agressivité 64%Constructivité 66%Factuel 36%Émotionnel 54%
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