La position du Gouvernement wallon face à l’opération militaire américaine au Venezuela
Les intervenants ont dénoncé l’opération militaire américaine au Venezuela comme une violation du droit international, tout en rappelant que le régime de Maduro est autoritaire et ne doit pas être soutenu pour autant. Ils ont interrogé le Gouvernement wallon sur sa position, ses contacts avec le niveau fédéral et européen, ainsi que sur les conséquences en matière de cohérence diplomatique et de défense des principes démocratiques. Adrien Dolimont a répondu que le respect du droit international est essentiel, tout en soulignant la complexité de la situation, la nécessité de rester crédible dans la relation avec les États-Unis et le caractère fédéral de la diplomatie. Sur les licences d’armes, il a indiqué qu’elles sont examinées au cas par cas et qu’aucun élément ne justifie à ce stade une liste noire spécifique pour les États-Unis.
Débat · 7 interventions
- AL
Belle et heureuse année à toutes et tous, Monsieur le Président, chers collègues, Monsieur le Ministre-Président, Mesdames et Messieurs les Ministres. Monsieur le Ministre, on a tous et toutes suivi l’opération militaire menée par les États-Unis, par Donald Trump, au Venezuela; opération militaire qui pose évidemment plusieurs questions assez lourdes au regard du droit international. D’un côté, il y a Trump qui manifestement viole sa propre Constitution, mais aussi le droit international et, de l’autre côté, Maduro, un dictateur qui a fait énormément de tort à son pays. Cela pose énormément de questions d’un point de vue du respect du droit international, d’un point de vue du respect des valeurs démocratiques, d’un point de vue du respect du multilatéralisme. Tous ces principes sont développés dans votre note de politique internationale. Vous y êtes attaché et je pense que nos démocraties doivent y être fortement attachées. Quelles sont l’analyse et la position du Gouvernement wallon sur ce sujet? Avez-vous déjà eu des concertations au niveau fédéral avec votre homologue, M. Prévot, pour avoir une position claire et une position unie en Belgique? Avez-vous également eu des contacts au niveau européen? Quelle est votre analyse de la position de l’Union européenne? Ne pensez-vous pas que l’Union européenne se trouve fort affaiblie avec ce qui se passe et également suite aux déclarations de Trump sur le Groenland? Enfin, quelles actions pouvons-nous mener pour défendre haut et fort ces principes qui nous sont chers?
Agressivité 89%Constructivité 44%Factuel 40%Émotionnel 93% - FMFreddy MockelEcolo
Monsieur Ministre-Président, au Venezuela, les États-Unis ont procédé à des bombardements et ont enlevé le président Maduro et sa femme. C’est en soi une violation flagrante et grave du droit international et de la Charte des Nations unies. Ce qui est clair aussi, c’est que ni moi ni mon groupe n’approuvons quoi que ce soit du régime Maduro: un régime autocratique, corrompu... J’ai failli dire «tout ce que vous voulez», bref, il n’y a pas d’excuses. Mais ce qui a été entrepris par les États-Unis est inexcusable. L’enjeu n’est pas que le Venezuela. On n’est pas devant un faux choix, à choisir entre approuver un régime corrompu et un impérialisme de plus en plus débridé. Le choix doit être celui du droit international et de la démocratie. L’Europe doit continuer à choisir de soutenir les principes démocratiques et la démocratie. En même temps que ces actions américaines, des annonces répétées sur le Groenland ont lieu. Je me demande de quelle manière on est encore partenaires des États-Unis. Quelle est votre analyse là-dessus? Ensuite, le décret wallon, en son article 14, prévoit que le Gouvernement refuse d’octroyer des licences d’armes – je vais lire la phrase pour ne pas dénaturer le décret – «vers des pays avec un risque d’action agressive ou pour faire valoir par la force une revendication territoriale». Qu’en est-il l’application du décret, puisque cela baigne dans le dispositif européen de l’Europe? Comment appliquer ce principe et d’autres? Que fait l’Union européenne face aux actes de M. Trump? Ce sont des questions que nous devons nous poser et auxquelles nous devons répondre. Via le Fédéral, des concertations sont-elles prévues en la matière au niveau européen?
Agressivité 76%Émotionnel 68% - GM
Dans ce contexte particulier, je vous souhaite à chacun et à chacune une bonne année. Monsieur le Ministre-Président, l’agression des États-Unis à l’égard du Venezuela est un précédent extrêmement grave, et les mots ont leur importance. Le président du Venezuela Nicolás Maduro et sa femme n’ont pas été arrêtés, comme on a pu l’entendre. Pour être arrêté, il faut qu’il y ait un mandat d’arrêt international contre sa propre personne. Ils n’ont pas été arrêtés, ils ont été kidnappés, c’est la réalité, et ils sont maintenant séquestrés aux États-Unis. J’entends certains, au niveau européen, dire que la situation est complexe sur le plan juridique. Elle n’est pas complexe du tout. Il y a une Charte des Nations unies, dont l’article 2 défend la souveraineté des nations et dit que tout différend doit être réglé de manière pacifique. Qu’a fait Donald Trump? Il a simplement foulé aux pieds cette résolution, il a foulé aux pieds ce droit international. Quelle est la réaction de l’Europe? L’Europe n’ose même pas condamner fermement cette intervention. Quelle est la réaction de notre ministre des Affaires étrangères, M. Prévot? Il va jusqu’à prendre sur sa propre tête, sur son propre discours, des prétextes utilisés par le Gouvernement américain. Que fait votre président de parti, M. Bouchez? Il soutient carrément cette intervention américaine. Monsieur le Ministre-Président, allez-vous condamner fermement cette intervention, cette agression à l’égard du Venezuela en votre nom et au nom du Gouvernement wallon?
Madame et Messieurs les Députés, tout d’abord, c’est clair que le respect du droit international est fondamental. On a entendu beaucoup de « oui, mais » ces derniers temps. Il faut être clair par rapport à cela, notre système mondial et les équilibres de ce monde tiennent par le respect de ce droit et de règles claires, communes, connues et respectées par l’ensemble des pays et des pouvoirs démocratiques. C’est un prérequis important à avoir en tête. Deuxième élément, je n’ai pas du tout entendu le PTB parler du régime de Maduro. Je vais en dire un petit mot. Cela a été rappelé par le collègue Mockel, c’est loin d’être un régime idéal, mais cela n’empêche pas l’obligation de respecter le droit international. Je rappelle ce que j’ai dit en entrée d’information: le régime de Maduro, c’est la privation de liberté et le nonrespect démocratique. C’est communément ce que l’on pourrait appeler un État très proche d’une dictature, avec des élections souvent assez surprenantes, avec des résultats déjà attendus et connus avant les élections de manière assez récurrente. Il faut être conscient de ce que vivent les Vénézuéliens. Il faut trouver les éléments d’équilibre dans une situation assez complexe. On doit rester fermes dans l’ensemble de la position. C’est ce que le ministre des Affaires étrangères fait, parce que c’est une compétence fédérale. Je réponds néanmoins à la question que l’on me pose. Pour l’instant, il est encore aux États-Unis. Il a rencontré le secrétaire d’État américain sur la question. Il a pu échanger et apporter les éléments de préoccupation de l’ensemble des pays européens. On doit continuer à porter les valeurs qui nous sont chères, mais on ne doit pas non plus être naïfs. Nous devons comprendre le monde dans lequel on vit. Par rapport à la question plus précise sur les licences d’armes, on a déjà eu l’occasion d’en débattre. J’ai répondu à une question écrite le 14 avril, de mémoire, où rien n’indiquait que les critères de la position commune n’étaient soit ponctuellement, soit structurellement pas respectés par les États-Unis. Rien ne permettait de créer ce que vous souhaitez en permanence: une liste noire de pays pour lesquels on ne peut plus donner de licences d’armes au gré de l’actualité géopolitique. Je rappelle que l’analyse et la façon dont on donne l’ensemble des licences d’armes, c’est chaque fois une analyse au cas par cas. Le produit est un élément majeur de l’accord ou du non-accord de la licence. Le pays est un élément majeur aussi de l’accord ou pas de la licence. Il y a toute une série de critères qui sont examinés au cas par cas. On continuera à analyser, avec un suivi de l’ensemble de l’évolution géopolitique, comme on le fait pour l’ensemble des nations. On vit dans un monde très instable. On est très attentifs à l’ensemble de ces questions. Il ne vous aura pas non plus échappé que les ÉtatsUnis sont un acteur majeur de l’OTAN, lequel est un acteur majeur dans le secteur de la défense. On se doit aussi d’être crédibles dans la relation avec eux. C’est important de dire les choses, mais d’assumer aussi les positions que l’on prend.
Agressivité 46%Constructivité 46%Factuel 45%Émotionnel 43%- AL
Merci, Monsieur le Ministre-Président, pour vos éléments de réponse. Je n’ai pas entendu de position tout à fait claire et affirmée. Vous n’avez pas répondu à ma question sur la concertation avec les autres niveaux de pouvoir, sur vos prises de contact personnel avec votre homologue et avec le niveau européen, et cetera. Dans une situation comme celle-ci, on attend que notre voix soit unie face à ce qui se passe. C’est terriblement grave, c’est un précédent terrible qui a été dénoncé par M. Guterres lui-même. Les agissements de M. Trump sont dangereux. C’est aussi un exemple pour tous ceux qui voudraient faire pareil: intervenir dans un État voisin pour piller des ressources, et cetera. On sait très bien que le prétexte derrière cette intervention, c’est le pétrole. Cela a été dit très clairement par le secrétaire d’État que M. Prévot vient de rencontrer. M. Mockel a mis le doigt sur l’élément clé. Les ventes et les achats d’armes aux États-Unis posent question aujourd’hui. L’OTAN est extrêmement importante et un équilibre doit rester, c’est essentiel. Cependant, il faut que la Belgique et l’Union européenne trouvent une entente et puissent refuser d’acheter toute arme aux États-Unis dans ce contexte. M. le Président. – La parole est à M. Mockel.
Agressivité 46% - FMFreddy MockelEcolo
Je n’ai pas posé ma question sur les licences d’armes et la situation actuelle par plaisir. Je crois que, plus généralement et comme on le peut, il faut remettre les pendules à l’heure avec les États-Unis. On n’est pas partout en position de force. Néanmoins, je crois que c’est nécessaire parce que pour l’instant, stratégiquement, c’est une catastrophe quand on cède à chaque fois face au chantage mafieux – je suis désolé de dire ce mot – de Trump. En ce qui concerne les licences d’armes et les exportations vers les États-Unis, je crois qu’aussi bien le décret wallon, en ses principes, que ceux de l’Union européenne posent question. Si l’on appliquait strictement ce décret, on pourrait encore équiper des policiers municipaux aux États-Unis et c’est presque tout. Je vous le dis, je ne voudrais pas équiper ICE. Je ne pense pas que ce serait quelque chose qui corresponde à nos principes démocratiques ou aux principes légaux des États-Unis, mais cela, c’est une autre histoire.
Agressivité 57%Émotionnel 35% - GM
Je n’entends aucune condamnation ferme de votre part de ce qui s’est passé au Venezuela. Je n’entends aucune condamnation ferme de votre part de l’attitude des Américains. Je ne suis pas ici pour défendre Maduro, parce que ce n’est pas le débat. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Trump qui le dit lui-même. Trump a clairement dit que la motivation de l’acte de guerre qui a été commis vis-àvis du Venezuela, c’est le pétrole. C’est cela qu’il est en train de dire. Pendant que vous vous parlez du bilan politique de Maduro, lui parle de comment il va pouvoir se servir à sa guise du monde entier comme un grenier de matières premières. Voilà où est le débat. Je n’entends pas de condamnation de cette étude de votre part. Vous parlez de naïveté, mais pensez-vous être encore en relation avec les Américains? C’est vous qui êtes naïfs. Après le Venezuela, il dit qu’il va aller à Cuba, en Colombie et au Groenland. À partir du moment où il sera au Groenland, il n’y a plus d’OTAN, c’est fini, il n’y a plus d’Alliance atlantique. De ce point de vue, je vous invite à être moins naïfs et à saisir ce qui est en train de se passer: actuellement, les États-Unis ne sont plus les alliés des Européens.
Agressivité 89%Constructivité 45%Factuel 63%Émotionnel 79%
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