Les conséquences de l’accord entre l’Union européenne et l’Australie pour l’agriculture wallonne
Les députés ont dénoncé les effets cumulés de l’accord UE-Australie sur l’agriculture wallonne, en particulier l’augmentation des quotas d’importation de viande bovine, ovine et de sucre, ainsi que le risque de concurrence jugée déloyale et de remise en cause des normes appliquées aux producteurs européens. La ministre a répondu avec prudence, rappelant que seuls les textes complets permettront d’évaluer l’accord, tout en soulignant qu’il s’agit à ce stade d’un avantage géopolitique pour l’UE mais aussi d’un dossier sensible pour l’agriculture. Elle a indiqué que les contingents annoncés restent inférieurs à ceux du MERCOSUR, qu’aucune concession supplémentaire n’a été faite dans le secteur agricole, et qu’il faudra examiner les mécanismes de sauvegarde, le respect des standards et l’impact cumulé des accords commerciaux. Sur le plan wallon, elle a évoqué la réforme de l’accès à la terre et la mise en place d’un repère/marque forte pour mieux valoriser les produits locaux et réduire la dépendance des agriculteurs aux marchés mondiaux.
Débat · 5 interventions
- CTCéline TellierEcolo
Madame la Ministre, les syndicats agricoles annoncent – non sans une certaine colère – un nouveau coup de poignard pour notre agriculture avec la signature de ce nouvel accord entre l’Union européenne et l’Australie. Cet accord, signé ce mardi 24 mars à Canberra par la présidente de la Commission européenne, autorise notamment la multiplication par 10 du quota d’importation de viande bovine australienne, ou encore des augmentations pour la viande d’agneau ou le sucre. Si ces nouveaux quotas sont relativement faibles d’un point de vue quantitatif, en tout cas comparativement à la consommation européenne, il n’en demeure pas moins qu’ils ont fait réagir les syndicats agricoles qui constatent que l’agriculture européenne a de nouveau servi de monnaie d’échange dans le cadre d’accords commerciaux, en l’occurrence, ici, face à des faveurs des constructeurs automobiles. Surtout, ces quotas d’importation s’ajoutent aux nombreux accords déjà conclus, notamment dans le cadre du MERCOSUR, qui visent à mettre en concurrence directe nos fermes sur les marchés mondiaux. C’est donc la goutte de trop pour ces syndicats – ils sont unanimes sur la question –, celle qui fait déborder le vase de la mondialisation agricole alors que l’heure est plus que jamais à la souveraineté alimentaire et à la régulation des marchés sur le plan agroalimentaire. Madame la Ministre, quelle est l’analyse du Gouvernement de la signature de cet accord commercial? Avez-vous pris des contacts avec vos homologues au sein du Conseil européen en vue du trilogue qui s’annonce? Face à cette concurrence, dans le contexte géopolitique instable que nous connaissons et qui annonce malheureusement une crise alimentaire qui pourrait être grave, quelles mesures structurelles mettez-vous en place pour protéger et structurer nos filières? Je vous renvoie notamment à la dernière étude de l’APAQ-W sur la nécessité de filières solides, qui tiennent compte de l’ensemble de la chaîne de valeur. Vous êtes-vous saisie de ces résultats? Quel est votre travail pour soutenir les filières agroalimentaires?
- LRLoris ResinelliLes Engagés
Madame la Ministre, je suis profondément européen, je suis profondément europhile et je suis profondément convaincu de la nécessité pour l’Union européenne de conclure des accords de libre-échange qui nous permettent de diversifier nos relations commerciales et internationales, de diversifier nos accès aux matières premières et qui permettent à nos entreprises d’avoir de nouveaux débouchés – d’autant plus dans le contexte international dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Cependant, sous le vent d’une communication séduisante de la Commission européenne qui nous vante un nouvel accord signé ce mardi avec l’Australie et qui permettrait, nous l’espérons, d’augmenter d’un tiers nos exportations vers l’île-continent, il semble – les syndicats agricoles l’ont dénoncé de manière unanime – qu’il y ait à nouveau un angle mort dans cet accord commercial, celui de la protection de notre agriculture et de notre modèle agricole, spécifiquement en Wallonie, à savoir ce modèle agricole familial auquel nous sommes toutes et tous ici attachés. Cet accord pourrait amener 10 fois plus de viande de bœuf d’Australie, viande qui n’est pas produite avec les mêmes normes sanitaires. On parle notamment d’hormones de croissance utilisées là-bas et évidemment interdites chez nous, ce qui amènera évidemment de l’inquiétude dans nos assiettes et une concurrence à nouveau déloyale. Quelle analyse faites-vous de ce nouvel accord qui met un nouveau coup de poignard dans le dos de nos agriculteurs? Quelle voix comptez-vous porter à la fois au sein de la concertation intrabelge et du Conseil agricole européen pour garantir que les normes qui sont appliquées à nos agriculteurs soient également appliquées aux produits qui nous viendront d’Australie? Vous avez annoncé travailler sur un repère fort qui permettrait à nos producteurs de valoriser leurs productions. Où en êtes-vous dans ce travail qui permettrait de soutenir notre production locale?
Agressivité 65% Madame et Monsieur les Députés, en effet, l’accord politique a été annoncé en ce début de semaine, mais je veux rester prudente. Les textes sont transmis aux États membres pour le 31 mars, et c’est sur cette base que nous pourrons juger de l’accord. À ce stade, il s’agit du communiqué de presse de la Commission. Cet accord, c’est clair, donne un avantage géopolitique et permet d’avoir un allié dans le Pacifique. Cependant, au niveau agricole, plusieurs choses doivent être pointées. Concernant les contingents, le communiqué de presse fait état de 30 600 tonnes pour la viande bovine, de 25 000 tonnes pour la viande ovine et caprine ainsi que de 35 000 tonnes pour le sucre. On peut regretter encore une fois que les contingents aient été discutés en fin de négociation. Les contingents annoncés sont quand même inférieurs à ceux accordés dans le cadre du MERCOSUR: les normes sont plus proches, quoique non équivalentes. Les contingents qui sont présentés dans ce communiqué de presse sont restés similaires à ceux qui étaient sortis dans la presse en 2023, quand les discussions avaient été arrêtées entre la Commission et l’Australie parce que cette dernière n’acceptait pas ces propositions européennes. Ainsi, il n’y a pas eu de concessions supplémentaires pour arriver à un accord dans le secteur agricole. La vraie question reste l’impact concret sur les marchés et l’effet cumulé des différents accords commerciaux. Il faudra aussi être attentif aux mécanismes de sauvegarde proposés, au respect des standards et à tout ce qui sera présenté dans l’accord. La priorité reste claire: avoir une vision au niveau de l’Union européenne pour l’agriculture et une attention marquée pour les secteurs agricoles sensibles. Vous m’avez également interrogé sur ce que je fais au niveau de la Wallonie pour le secteur agricole. Il y a toute la réforme sur la question de l’accès à la terre, la question de la marque forte et du repère fort que je suis en train de mettre en place. Cela permettra que le consommateur sache très clairement si le produit qu’il va acheter est issu d’une agriculture de proximité, une agriculture qui a bien rémunéré l’agriculteur en amont. Cela va permettre de créer de nouveaux débouchés aux agriculteurs sur le marché intérieur et de leur fournir des contrats qui le rendent beaucoup moins dépendant des marchés mondiaux, de ce qui se passe dans le reste du secteur agricole et des liens avec le marché mondial.
- CTCéline TellierEcolo
Madame la Ministre, je vous remercie pour votre réponse. Ce qui porte vraiment préjudice ici, c’est le caractère cumulatif de ces accords commerciaux qui viennent à nouveau attaquer le secteur agricole qui, au contraire, a besoin d’être soutenu, car il peut aussi constituer une vraie solution dans le cadre des enjeux de souveraineté alimentaire que nous vivons aujourd’hui durant cette période de crise. Vous n’avez pas répondu à ma question sur le fait de saisir vos collègues du Conseil européen sur cet enjeu. Or, on le sait, la prochaine étape, ce sera justement le lancement du trilogue, de discussions entre les différentes instances. Vous aurez donc votre rôle à jouer au sein du Conseil européen. Nous suivrons évidemment cette question de près.
Agressivité 56%Émotionnel 52% - LRLoris ResinelliLes Engagés
Madame la Ministre, je vous remercie pour votre réponse et je note votre prudence. Il est bien normal que vous attendiez d’avoir les textes complets, et pas uniquement le communiqué de presse de la Commission européenne. Je partage avec vous l’inquiétude quant au fait que les quotas dont nous avons parlé, notamment cette multiplication par 10 des quotas en viande de bœuf, aient à nouveau été négociés à la toute fin de cet accord. Cela montre encore une fois que la Commission considère l’agriculture comme une variable d’ajustement. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus accepter cela. Un enjeu indispensable, au sein du Conseil européen de l’agriculture, c’est que l’on fasse bien passer le message que la Wallonie n’accepte plus que la Commission européenne joue ainsi avec nos agriculteurs. Ils sont aujourd’hui gardiens d’une qualité de production et d’un modèle familial auquel nous sommes attachés. Il est donc indispensable qu’ils ne soient pas les victimes des effets cumulatifs de tous ces accords. On a longuement échangé dans cette assemblée concernant les impacts du MERCOSUR. Voilà un nouvel accord qui pourrait de nouveau avoir des impacts négatifs, en particulier sur nos éleveurs de viandes bovines. Il est évidemment essentiel que cette évaluation puisse être faite sur l’effet cumulatif de ces traités et que nous puissions être, comme d’habitude, toujours derrière nos agriculteurs, les soutenir, notamment par rapport au dispositif dont vous nous avez parlé.
Agressivité 76%Constructivité 72%Factuel 58%Émotionnel 78%
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