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ActualitéWalloniemercredi 20 novembre 2024

L’abandon du projet Columbus

Synthèse

Marie-Christine Marghem interroge le ministre-président sur les conséquences pour la Wallonie de l’abandon du projet Columbus, soutenu par des subsides régionaux, et critique la viabilité économique de la filière hydrogène vert. Adrien Dolimont répond que le projet n’a pas été inutile, mais que la partie « industrialisation » a été abandonnée en raison de marchés encore instables, de contraintes liées aux délais du PNRR et des difficultés d’exécution des subsides, tandis que la phase de recherche et développement a été menée à terme. Il indique que la Région va discuter avec la Commission européenne et le fédéral pour réorienter les moyens vers la R&D en Wallonie et précise que d’autres projets liés à l’hydrogène, notamment avec John Cockerill et le projet Breuer, restent suivis. Jean-Jacques Cloquet insiste enfin sur l’intérêt stratégique de conserver en Wallonie des entreprises et universités pionnières dans ce domaine.

Débat · 5 interventions

  1. Monsieur le Ministre-Président, chers collègues, j’ai l’honneur et le privilège de m’adresser à vous pour la première et la dernière fois, dans le cadre d’une question d’actualité, puisque je vais bientôt rejoindre le maïorat de Tournai, où j’aurai l’honneur de diriger la ville pendant six ans, voire peut-être plus. (Applaudissements) Ma question n’a rien à voir avec cet objectif proche dans le temps. Ma question a à voir avec la décision de trois entreprises de taille – Engie, Carmeuse et Cockerill – qui avaient le projet de développer une filière d’hydrogène, et pas des moindres, mais qui abandonnent finalement ce projet. Monsieur le Ministre-Président, quelles conséquences voyez-vous pour la Wallonie de l’abandon d’un tel projet qui était soutenu et hautement subsidié par la Région wallonne?

    Agressivité 49%Émotionnel 42%
  2. JC

    Monsieur le Ministre-Président, chers collègues, je serai toujours là: je ne serai pas bourgmestre. (Rires) Pour rebondir sur la question de Mme Marghem, c’est vrai que c’est un sujet très important concernant des sociétés wallonnes qui sont à la pointe au niveau de la captation du CO2 – Engie, Carmeuse et John Cockerill. On connaît notamment le projet Columbus de Carmeuse, qui consiste en la captation de CO2 suite aux fours à chaux par de l’hydrogène vert, qui génère donc du méthane synthétique. C’est très intéressant parce que ce méthane synthétique peut être utilisé et réinjecté dans le réseau ou au niveau industriel. Cela amène aussi une économie dans le contexte actuel d’évolution des prix du gaz. On sait qu’il y a d’autres projets, et c’est pour cela que je me permets de poser la question. Quelque part, nous sommes à la pointe en Wallonie. Comment le Gouvernement wallon a-t-il déjà fait pour ce type de projet? Comment continue-t-il à soutenir ce type de projet de captation du CO2? Deuxièmement, quelle est la législation au niveau de la Wallonie pour favoriser ce type de projet? On constate que, au niveau européen, c’est très lent, notamment pour tout ce qui concerne les gaz synthétiques. Cela prend du temps, tout comme pour l’hydrogène. Au Gouvernement wallon, a-t-on aussi la possibilité d’avoir une influence au niveau européen pour garder cet atout que nous avons en Wallonie qui crée des emplois, mais qui est aussi une image remarquable au niveau durable?

    Agressivité 87%Constructivité 74%Factuel 69%Émotionnel 92%
  3. Comme tout le monde a parlé de maïorat, je vais aussi parler du mien. Je serai maïeur empêché à partir du 2 décembre. Ainsi, cela clôture le cercle. Madame et Monsieur les Députés, c’est un projet d’ambition, mais il n’a pas servi à rien. Il est important de montrer que des jalons ont été passés. L’ingénieur qui est en vous a retracé les bienfaits du modèle. Je me suis même amusé à retracer la formule chimique liée à la captation du CO2 avec l’addition de l’hydrogène pour en produire du méthane vert et de l’eau. Plus sérieusement, ce projet montre l’importance, mais aussi les difficultés de nos régions et de l’Europe pour rester à la pointe dans les domaines technologiques avancés. Différentes barrières ont été mises en évidence. Les marchés liés à l’hydrogène vert et aux e-fuels de manière plus générale ne sont pas encore vraiment stables. Une autre difficulté mise en évidence typiquement sur ce projet concernait les délais liés au planning du respect des contraintes liées à l’obtention du subside. Dans le cadre du Plan national pour la reprise et la résilience – le PNRR –, il y avait des difficultés sur la partie «Industrialisation». La partie «Recherche et développement», elle, a bien été terminée. Toutes ces difficultés ont donné le résultat que l’on connaît aujourd’hui, c’est-à-dire l’abandon de la partie «Industrialisation» de ce projet, mais pas le renoncement de la réflexion en lien avec le secteur de l’hydrogène. Aujourd’hui, on me demandait les impacts que cela allait avoir concrètement sur la Wallonie. Dans un premier temps, on va discuter avec la Commission. Vous savez que le projet était séparé en deux étapes. Il y avait différents milestones mis en place. Le premier portait sur la partie «Recherche et développement». Il est arrivé aux conclusions que l’on connaît. La partie «Industrialisation» a été abandonnée. Sur cette partie, ce sont des moyens assez importants. Il faut que ces moyens puissent être utilisés dans le cadre de la recherche et du développement sur notre territoire. On va prendre langue avec le Fédéral et la Commission européenne pour utiliser ces moyens dans le cadre du Plan de relance européen. Les délais sont très courts. Il faut le faire rapidement pour massifier les investissements. Vous posiez également la question sur l’enjeu et le fait d’avoir une réflexion globale sur la filière sur notre territoire. D’autres projets, toujours en cours, ne sont pas abandonnés, ne seront pas abandonnés. Je pense notamment aux projets en lien avec John Cockerill, avec la ligne de production des catalyseurs à grande puissance à Seraing. Je pense aussi au projet Breuer, avec le centre de compétences, en lien avec la combustion directe de l’hydrogène dans les moteurs de transport. On continue à suivre l’ensemble de ces projets, et l’on continuera à suivre la filière. Pour toutes les réflexions en lien avec le développement de la filière hydrogène – on pourrait en parler beaucoup plus largement pendant de longues minutes, j’en suis certain –, je vous invite à les avoir directement en commission avec la ministre en charge de la matière, que ce soit sur les questions du transport et du réseau d’hydrogène, et même du réseau de CO2, puisque vous en avez également parlé. Merci pour l’attention que vous portez sur ces projets d’ampleur. Notre territoire ne pourra être compétitif qu’avec la matière grise qui est notre matière première. On se doit de la chérir.

    Agressivité 46%Émotionnel 37%
  4. Merci, Monsieur le Ministre-Président, pour cette réponse. Je ne prends pas ces entreprises pour des entreprises sottes ou de bienfaisance. Si elles ont abandonné ce projet, c’est pour des raisons liées au business case et au fait qu’elles ne trouvent pas d’acquéreur de leur gaz qui est trop cher. Produire de l’hydrogène vert, c’est un peu illusoire quand on ne le produit pas en circuit fermé, dans la mesure où vous vous raccordez au réseau et que notre réseau de production d’électricité est dominé par l’énergie marginale qui y entre pour la production d’électricité, c’est-à-dire le gaz. Je suis très circonspecte par rapport à tous ces subsides et à cette filière hydrogène qui reste non pas une filière de production, mais un sous-élément, une sous-production, un vecteur d’énergie qui n’est pas à proprement parler ce que nous recherchons de manière prioritaire dans notre mix électrique, puisque nous avons besoin d’abord et avant tout d’avoir suffisamment d’électricité, qui soit, de plus, décarbonée. Et quand notre mix électrique sera décarboné, nous pourrons peut-être envisager de faire de l’hydrogène vraiment vert.

    Agressivité 64%Constructivité 52%Émotionnel 57%
  5. JC

    Je pense que ce qui est très important, pour tous, c’est que nous avons la chance d’avoir en Wallonie des entreprises et des universités qui sont à la pointe dans ce domaine. Certes, le fruit n’est pas encore mûr, mais je crois que ce sera, quelle que soit la coloration politique, un atout pour la Wallonie, notamment par rapport à des menaces que nous voyons venir notamment des ÉtatsUnis.

    Agressivité 74%Constructivité 81%Factuel 49%Émotionnel 72%

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