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ActualitéWalloniemercredi 2 avril 2025

Les mesures à prendre pour empêcher les féminicides en Wallonie

Synthèse

Les députées ont dénoncé le féminicide de Daphné, 19 ans, et ont interrogé le ministre sur la protection réelle des victimes, la détection précoce des violences, l’accompagnement des auteurs et la pérennité des moyens accordés aux associations et refuges. Elles ont aussi demandé un bilan de la rencontre du 13 mars avec les acteurs de terrain et des garanties sur les subventions après 2025. Yves Coppieters a évoqué le financement de cinq collectifs en 2025, la continuité du Pôle de ressources de Liège, l’extension des dispositifs DIViCo en plusieurs provinces, le soutien à un numéro unique national et les « packs nouveau départ », tout en rappelant l’évaluation du plan intrafrancophone et de la loi féminicide de 2023. Les intervenantes ont salué ces avancées mais ont insisté sur l’urgence d’actions concrètes, d’un renforcement des moyens et d’une meilleure coordination, y compris au niveau fédéral.

Débat · 5 interventions

  1. Monsieur le Ministre, « brûlée vive à 19 ans » : ces cinq mots suffisent à nous glacer le sang. Daphné aurait pu être notre amie, notre sœur ou notre fille, mais son destin a été brisé parce qu’un homme s’est cru tout permis. Le féminicide est un échec collectif. C’est notre échec collectif. Nous échouons quand nous ne voyons pas les signaux d’alerte. Nous échouons quand une femme victime de violences conjugales ne trouve pas de place dans un refuge. Nous échouons quand les bourreaux ne sont pas stoppés à temps, voire punis à la hauteur de leurs actes. Le féminicide n’est pas un fait divers. C’est le résultat d’une société ou d’un système qui permet à certains hommes de croire qu’ils ont le droit de vie ou de mort sur les femmes. Des lois existent, mais elles sont insuffisantes. Des promesses ont été faites. Monsieur le Ministre, je vous ai entendu à de nombreuses reprises sur le sujet, mais vos promesses ne sauvent pas. Aujourd’hui, il nous faut des actions, des moyens et une volonté ferme et sans détour de dire: «Plus jamais ça!» Pensez-vous sincèrement, Monsieur le Ministre, qu’aujourd’hui les femmes victimes de violences conjugales sont suffisamment protégées en Belgique? En amont, s’est-on donné tous les moyens nécessaires pour que ces bourreaux ne parviennent pas au bout de leurs actes et que l’on agisse avant qu’il ne soit trop tard? De nombreuses actions ont été mises en place par le Gouvernement précédent. Force est toutefois de constater aujourd’hui que ce n’est pas encore assez. La problématique des auteurs – on en a déjà parlé en commission – mérite une réflexion en profondeur. Aujourd’hui, je pense qu’un plan d’action – et je pense que vous partagez mon avis – autour des auteurs, de définir le profil et d’appréhender ce féminicide sous toutes ses dimensions est plus que jamais nécessaire. Qu’entendez-vous mettre en place pour que Daphné, brûlée vive à 19 ans, soit la dernière? Il faut agir maintenant.

    Agressivité 94%Constructivité 41%Factuel 74%Émotionnel 95%
  2. Monsieur le Ministre, comme Isabella Greco vient de le dire, Daphné avait 19 ans, était maman d’un petit garçon de trois ans. Elle habitait dans le quartier du Val Potet, à Seraing. C’était en quelque sorte presque ma voisine. Samedi, on a retrouvé son corps à moitié calciné dans son lit, avec des traces de produit accélérant le feu. Son compagnon était introuvable depuis samedi. Il semble qu’il ait été interpellé ce matin. On ne sait pas ce qu’il s’est passé ; ce qui est sûr, c’est que leur relation était compliquée et que la police était déjà intervenue chez eux une semaine plus tôt. Daphné pourrait être la quatrième victime de féminicide en Belgique depuis le début 2025. C’est encore une et c’est bien sûr une de trop. Le féminicide, c’est souvent l’issue fatale d’une relation de violence dans un couple ou dans une famille. Il est important de réduire tous les obstacles pour accéder à de l’aide en renforçant les lignes téléphoniques d’écoute et d’assistance accessibles 24 heures sur 24, en augmentant le personnel et le nombre de lieux qui peuvent accueillir et assister les victimes, mais aussi en améliorant la formation de celles et ceux qui peuvent détecter les problèmes. Je pense évidemment aux médecins de famille, mais aussi aux infirmières ou à tous les personnels d’aide à domicile. On peut aussi améliorer la formation des policiers. On sait que de nombreuses victimes hésitent à déposer plainte parce qu’elles ont peur de ne pas être entendues. Il faut donc développer les services qui peuvent former les policiers à recueillir les plaintes et à y donner suite. Monsieur le Ministre, il faut combler le fossé entre les promesses et l’action. Vous avez rencontré le 13 mars des acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes. Pouvez-vous partager les conclusions de cette rencontre? Les avez-vous rassurés quant aux subventions qu’ils attendent? Avez-vous pris de nouvelles mesures pour accompagner les femmes victimes de violences?

    Agressivité 98%Constructivité 95%Factuel 96%Émotionnel 97%
  3. Mesdames les Députées, mes pensées vont d’abord vers la victime et vers sa famille. Malheureusement, les chiffres des féminicides en Belgique sont catastrophiques. Nous devons tous continuer notre effort de prévention et d’action par rapport aux situations les plus critiques. De façon concrète, cela passe par le financement d’opérateurs. On finance cinq collectifs – et les financements sont assurés pour toute l’année 2025 – sur la formation et l’accompagnement des victimes et bien sûr la prévention des situations les plus aiguës. Demain, en Gouvernement wallon, nous assurerons la continuité du financement du Pôle de ressources de Liège, qui travaille sur le numéro d’appel de lutte contre la violence conjugale et intrafamiliale, qui développe un DIViCo et qui travaille sur la formation des acteurs. En effet, Madame la Députée, le 13 mars dernier, j’ai rencontré l’ensemble des acteurs du dispositif interdisciplinaire pour lutter contre les violences dans le couple, le dispositif DIViCo. Ce dispositif fonctionne très bien à Liège et à Namur. Nous allons mettre en place un dispositif dans le Brabant wallon. L’ouverture est prévue vers le 15 avril, je pense et un dispositif est aussi en train de se mettre en place en province du Luxembourg. Nous voulons mettre aussi des DIViCo en place en province du Hainaut et en l’occurrence à Mons, Charleroi et Tournai. Tout cela est en cours d’élaboration. Ces dispositifs sont très importants parce que cela permet de mobiliser de façon interdisciplinaire la justice, la police, les affaires sociales, la santé en cas de toute situation de risque de féminicide, d’infanticide et bien sûr de suicide, et de mettre en place un dispositif de prévention pour celles et ceux – en l’occurrence celles et les enfants – qui se retrouveraient dans des situations à fort risque. Cela fonctionne très bien et l’on veut étendre le dispositif. Je veux appuyer deux initiatives. Tout d’abord, il faut absolument mettre en place, à l’échelle nationale, le fameux numéro unique à trois chiffres – on plaide en ce sens –, pour qu’il y ait une meilleure concentration de tous les appels vers un seul numéro. Puis, je voudrais travailler sur les «packs nouveau départ», c’est-à-dire donner des possibilités économiques, juridiques et sociales à celles qui se sont trouvées dans des situations compliquées et qui veulent repartir dans une vie la plus normale possible. Au niveau des plans, on doit continuer leur suivi. Le plan national est en cours. À notre niveau, le plan intrafrancophone 2020-2024 est en cours d’évaluation. On va bientôt avoir le rapport. On se projette sur le plan 2024-2029 dans lequel on veut mettre un focus particulier sur l’accompagnement et l’encadrement des auteurs de violences, vous avez raison. On veut mettre un focus particulier aussi sur la prévention des violences basées sur le genre. On voudrait soutenir certaines ASBL spécialisées dans cette thématique. Pour finir, on a fortement avancé dans le cadre législatif avec la loi féminicide de 2023. On va voir les effets de cette loi, puisqu’une évaluation est en cours. À travers cette loi et cette évaluation, on pourra beaucoup mieux caractériser les types de violences.

  4. Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour ces éléments de réponse. Ces actions prennent du temps, cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Malheureusement, on est pris par le temps. La dernière fois que l’on en a discuté, je vous ai dit espérer que l’on y verrait plus clair et que les actions seraient concrètes, avant qu’un nouveau féminicide arrive. Nous y voilà ! Je vais réitérer cette phrase: j’espère que nous y verrons plus clair et que toutes les dimensions de ce féminicide seront prises en charge, y compris les auteurs, avant qu’un nouveau féminicide arrive. Le domaine de la justice doit être investi. Même si ce n’est pas une compétence régionale, vous pouvez activer des leviers, puisque vous avez des majorités miroirs. À Charleroi, une chambre unique a été installée. Elle semble donner des résultats positifs. Je vous invite à relayer l’information auprès de vos collègues au Fédéral. La plupart du temps, les personnes qui mettent fin à la vie de leur conjointe sont souvent des hommes qui ont déjà fait l’objet de plaintes pour violences. Ils sont identifiables. On doit aller plus loin, même si des choses ont déjà été mises en place. Cela doit devenir la priorité des priorités. On est en train de parler de la vie de femmes. On tue des femmes uniquement parce qu’elles sont femmes. Elles composent la moitié de l’humanité. Elles méritent de la dignité et que l’on prenne le temps pour elles. (Applaudissements) M. le Président. – La parole est à Mme Bernard.

    Constructivité 42%
  5. Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour vos réponses. Vous avez parlé des dispositifs DIViCo qui sont une bonne initiative. Vous avez rencontré des acteurs, et mis en route de nouvelles idées, de nouveaux projets. Vous avez aussi dit qu’une série de subventions sont garanties jusqu’en 2025. Cependant, après 2025, c’est dans six mois. Il faudrait pouvoir rassurer. Il y a par exemple des maisons d’accueil, des refuges, des initiatives de formation, des activités ponctuelles et des campagnes de sensibilisation. Si tous ces services ne peuvent plus fonctionner ou doivent passer du temps à lever des fonds et ne s’occupent plus des personnes, il y a un problème. Ensuite, votre parti est présent à tous les niveaux, dont le Fédéral. Malheureusement, le Gouvernement annonce des mesures qui vont réduire les possibilités d’indépendance des femmes, ce qui risque de les rendre plus vulnérables. La réduction des dépenses sociales est pointée par l’ONU comme un facteur aggravant les risques de violence contre les femmes. Il y a là aussi des interventions à faire. On va suivre avec attention les interventions que vous ferez à ce niveau.

    Agressivité 50%Constructivité 56%Émotionnel 39%

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